Dans cette page
- Pourquoi les indépendants sont les premiers concernés
- Calculer ses lacunes année par année
- Combiner rachat et versement de l'année
- Répartir un rachat sur plusieurs exercices fiscaux
- Rachat et dissolution de la société ou cessation d'activité
- Documents à prévoir
- Les pièges qui reviennent le plus souvent
- Questions fréquentes
Quand on travaille à son compte, le revenu ne tombe pas de façon régulière : une année creuse, un gros contrat, un exercice comptable décalé. Le pilier 3a, lui, se verse année après année, et les années où l'on n'a pas pu verser le maximum étaient jusqu'ici perdues pour toujours. Le rachat 3a indépendant change cette logique : depuis 2025, il est possible de combler, sous conditions, une partie des versements non effectués. Cette page explique la règle, la manière de mesurer vos lacunes, la façon de la combiner avec le versement de l'année et, surtout, la manière de l'étaler sur plusieurs exercices fiscaux.
Pourquoi les indépendants sont les premiers concernés
Un revenu qui ne suit pas le calendrier
Un salarié affilié à une caisse de pension a un plafond 3a identique chaque année, et un salaire qui varie peu. L'indépendant sans 2e pilier vit une tout autre réalité : son plafond dépend de son revenu net, qui peut être confortable une année et mince la suivante. Le grand 3a est limité à une part du revenu net de l'activité indépendante, dans la limite d'un maximum fixé chaque année. Quand le bénéfice est faible, ce que l'on peut verser l'est aussi, et surtout ce que l'on a envie de verser, car la trésorerie de l'entreprise passe avant la prévoyance.
Résultat : beaucoup d'indépendants ont des « trous » dans leur 3a. Ils ne les ont pas choisis ; ils sont le reflet d'années où l'activité démarrait, où un client important a payé en retard, ou où une charge exceptionnelle a absorbé le bénéfice. C'est exactement le profil auquel s'adresse le rachat : combler en bonne année ce que l'on n'a pas pu faire en année difficile.
Ce que change la règle de 2025
Depuis le 1er janvier 2025 (art. 7a et 7b OPP 3), on peut racheter rétroactivement les cotisations 3a non versées. Le premier rachat est possible durant l'année fiscale 2026, pour l'année 2025. Le rattrapage est possible sur dix ans au plus, et le rachat est déductible fiscalement l'année où il est effectué, pas l'année « rachetée ».
Ce dernier point mérite d'être relu : la déduction suit la date du paiement. Elle ne remonte pas dans une taxation ancienne. Un rachat effectué en 2026 se déduit du revenu imposable de 2026, même s'il comble une lacune de 2025. Pour un indépendant dont l'exercice 2026 s'annonce bon, c'est précisément ce qui rend l'outil intéressant : il se place là où le revenu est le plus élevé.
Ce que le rachat ne rattrape pas
Seules les lacunes apparues à partir de la période fiscale 2025 comptent. Toute lacune antérieure est exclue. Si vous avez laissé vide votre 3a pendant plusieurs années avant 2025, ces années-là ne se rattrapent pas, quelle que soit votre situation actuelle. Le canton de Genève le rappelle d'ailleurs sur sa page dédiée : le rachat y est possible à partir de 2026, mais seules les lacunes apparues dès 2025 peuvent être comblées, pas les années antérieures.
Comme la limite de dix ans court à partir de lacunes qui n'ont commencé à se former qu'en 2025, elle ne pèsera en pratique que dans la durée. Pour l'instant, la contrainte qui se fait réellement sentir est une autre : le plafond du rachat lui-même.
7 258 francs
Plafond du rachat, par année fiscale (2025 et 2026)
Source: 3e pilier a — rachats rétroactifs (nouveauté 2025)
36 288 francs
Plafond 3a sans 2e pilier en 2026
Source: 3e pilier a — plafonds de déduction
7 258 francs
Plafond 3a avec 2e pilier en 2026
Source: 3e pilier a — plafonds de déduction
dix ans au plus
Durée maximale du rattrapage
Source: 3e pilier a — rachats rétroactifs (nouveauté 2025)
durant l'année fiscale 2026, pour 2025
Premier rachat possible
Source: 3e pilier a — rachats rétroactifs (nouveauté 2025)
Le plafond du rachat est le point qui surprend le plus. Un seul rachat est admis par année fiscale, et il ne peut pas dépasser le montant de la « petite déduction » (8 % du montant-limite supérieur LPP), y compris pour les personnes sans 2e pilier. Un indépendant dont le plafond de versement courant est élevé ne bénéficie donc pas d'un plafond de rachat élevé : le rachat est borné au montant du petit 3a, soit 7 258 francs en 2025 et 2026.
Voici les repères officiels pour les deux prochaines années, qui montrent l'écart entre le versement courant et ce petit plafond de référence.
Pour l'indépendant sans 2e pilier, le taux de 20 % du revenu net de l'activité lucrative s'applique en dessous du maximum. Les pages le plafond 3a de l'indépendant sans LPP et le plafond à 20 % du revenu détaillent ce calcul.
Calculer ses lacunes année par année
Le principe : ce que vous pouviez verser, moins ce que vous avez versé
Une lacune est l'écart, pour une année donnée, entre la cotisation maximale que vous étiez autorisé à verser et ce que vous avez réellement versé. L'idée est simple, le calcul demande de la rigueur, car pour l'indépendant sans caisse de pension, le maximum de chaque année dépend du revenu net de cette année-là. Il ne s'agit donc pas d'un montant unique répété, mais d'une série de montants différents.
Sans 2e pilier, la limite d'une année est une part du revenu net de l'activité indépendante, plafonnée par le maximum de l'année (36 288 francs en 2026). Une année à faible revenu génère une lacune « faible » en valeur absolue, simplement parce que le maximum autorisé était bas ; une année à gros revenu, où vous avez versé peu, génère une lacune plus grande. Le même versement peut ainsi laisser une lacune très différente selon l'année où il a été fait.
Un point de méthode : travaillez à partir de documents, jamais de mémoire. Le revenu de référence est celui de vos décisions de taxation et de vos comptes annuels, pas une estimation. Les cotisations AVS des indépendants sont d'ailleurs fixées pour chaque année de cotisation (l'année civile) sur la base du revenu de l'exercice commercial clos pendant l'année et du capital propre investi à la fin de l'exercice ; la caisse est liée par les données des autorités fiscales cantonales (art. 22 al. 1 et 2 ; art. 23 al. 4). Vos décisions de cotisation AVS et vos taxations racontent donc la même histoire que votre comptabilité, ce qui facilite le contrôle.
Qui peut racheter : les conditions cumulatives
Le rachat n'est pas ouvert à tous les indépendants. Quatre conditions s'additionnent, et il suffit qu'une seule manque pour que la demande soit refusée.
| Condition | Ce qu'elle signifie en pratique | Ce qu'il faut vérifier |
|---|---|---|
| Être légitimé à cotiser l'année du rachat | Vous avez un revenu soumis à l'AVS cette année-là | Une activité indépendante en cours, déclarée |
| Avoir versé la cotisation maximale 3a de l'année du rachat | Le versement courant est fait en entier avant le rachat | Le maximum applicable à votre situation cette année-là |
| Ne pas avoir versé les cotisations maximales les années rachetées | Il existe réellement une lacune | Vos versements de chaque année concernée |
| Avoir été légitimé à cotiser ces années-là | Vous aviez un revenu soumis à l'AVS pendant les années de lacune | Vos décisions de cotisation AVS |
| Ne pas avoir touché de prestation de vieillesse 3a | Le rachat est exclu une fois le retrait commencé | Aucun retrait de vieillesse 3a effectué |
Genève résume les trois premières conditions de manière très proche : être autorisé à cotiser l'année du rachat, avoir versé le montant annuel maximal cette même année, et avoir eu le droit de cotiser pendant les années présentant une lacune.
La deuxième condition est la plus coûteuse en trésorerie : avant de racheter quoi que ce soit, il faut avoir versé le maximum ordinaire de l'année en cours. Un indépendant dont le plafond de l'année est élevé doit donc d'abord mobiliser ce versement, puis seulement ensuite le rachat.
Un tableau de suivi à tenir chaque année
Pour ne pas reconstituer ses lacunes dans la précipitation, tenez un tableau simple, une ligne par année, à jour à chaque clôture comptable. Il n'a pas besoin d'être sophistiqué : une feuille suffit.
- l'année concernée et l'exercice comptable correspondant ;
- le revenu net de l'activité indépendante, tel qu'il ressort de la taxation ;
- le maximum de cotisation autorisé cette année-là, selon que vous aviez ou non un 2e pilier ;
- le montant réellement versé et la date du versement ;
- la lacune qui en résulte, et si un rachat l'a déjà comblée en tout ou en partie.
Pour la dernière colonne, la règle est stricte : un seul rachat est admis pour combler la lacune de cotisations d'une année donnée. Une fois qu'une lacune a été comblée, on ne peut plus y revenir. En revanche, un rachat peut combler plusieurs lacunes annuelles (art. 7a al. 2). C'est un détail d'organisation qui compte : vous pouvez regrouper deux années dans un même rachat, mais vous ne pouvez pas morceler une même année en plusieurs rachats distincts.
Ce suivi vous sert aussi à l'étape de la demande, qui exige les années de lacune concernées et leur montant. Il évite les approximations au moment d'écrire à l'institution.
- Rassembler les décisions de taxation de chaque année depuis 2025
- Noter le maximum autorisé pour chacune de ces années
- Relever les versements 3a effectivement faits, avec leurs dates
- Calculer la lacune de chaque année et la reporter dans le tableau
- Vérifier qu'aucun rachat n'a déjà été fait pour ces années
Pour les chiffres plus fins de votre situation, le simulateur de rachat quand le revenu varie aide à poser les hypothèses, et la page sur le rachat rétroactif des années passées donne l'angle fiscal général.
Combiner rachat et versement de l'année
L'ordre des opérations
Le rachat ne remplace pas le versement courant : il vient après lui. Le mécanisme est le suivant, et l'ordre est imposé par la règle elle-même.
La demande de rachat se fait par écrit auprès de l'institution, avec le montant demandé, les années de lacune concernées et leur montant, et, le cas échéant, le montant et la date des cotisations ordinaires de l'année (art. 7b al. 1). Dans cette demande, vous confirmez avoir versé le montant maximal des cotisations ordinaires de l'année de rachat, avoir réalisé un revenu soumis à l'AVS pendant les années de lacune, ne pas avoir déjà effectué de rachat pour ces années, et ne pas avoir perçu de prestation de vieillesse (art. 7b al. 2).
Cette confirmation n'est pas une formalité. Vous engagez votre responsabilité sur l'exactitude de ces déclarations, que l'autorité fiscale peut recouper avec vos décisions de taxation et d'AVS.
Le maximum ordinaire, un seuil à ne pas manquer
Pour un indépendant dont les rentrées sont irrégulières, la condition du versement maximal peut être le véritable obstacle. Il faut du liquide au bon moment : soit le versement ordinaire maximal, soit la somme qui reste nécessaire pour l'atteindre, avant que le rachat devienne possible. Et ce seuil dépend de l'année : en cas d'année très rentable, le maximum applicable est plus élevé, donc le versement ordinaire exigé l'est aussi.
Il y a donc une conséquence directe sur le choix de l'année du rachat. Un exercice très bénéficiaire offre à la fois la capacité de trésorerie et le revenu imposable le plus élevé, c'est-à-dire le terrain sur lequel la déduction a le plus de poids. Mais ce même exercice exige aussi le versement ordinaire le plus lourd. L'indépendant qui découvre le barème de l'année trop tard peut se retrouver avec un maximum à atteindre qu'il n'avait pas anticipé. D'où l'intérêt de la page prévoir son versement quand le revenu varie, et de la liste de contrôle du dernier versement.
Ne pas confondre les deux montants
Deux plafonds cohabitent et on les mélange facilement :
| Versement ordinaire | Rachat | |
|---|---|---|
| Base du montant | Part du revenu net, dans la limite du maximum de l'année sans 2e pilier | Jusqu'au montant de la petite déduction |
| Fréquence | Chaque année | Un seul rachat par année fiscale |
| Effet de la déduction | Année du versement | Année du rachat |
| Années visées | L'année en cours | Les années de lacune depuis 2025 |
Un indépendant sans 2e pilier peut donc, en 2026, verser jusqu'au maximum de l'année dans la limite de son revenu net, puis racheter dans la limite de 7 258 francs. Les deux montants s'additionnent dans la déduction de l'année. Le chiffre exact de l'économie d'impôt dépend du canton, du taux marginal et de l'ensemble du revenu : ce n'est jamais une économie personnelle prévisible d'après un simple total. La page déduire son 3a de son revenu net précise comment la déduction se place dans la déclaration, et le simulateur d'économie d'impôt donne un ordre de grandeur selon des hypothèses explicites.
Répartir un rachat sur plusieurs exercices fiscaux
Pourquoi l'étalement est souvent imposé
Si vous avez accumulé des lacunes sur plusieurs années, la règle du plafond de rachat annuel rend l'étalement mécanique : un seul rachat par année fiscale, limité au montant de la petite déduction. Combler un total important de lacunes ne se fait donc pas en une fois, mais sur autant d'exercices que nécessaire.
Cette contrainte a un effet utile pour un indépendant : elle invite à répartir les déductions sur plusieurs années plutôt que de concentrer toute la déduction sur une seule. Un revenu imposable qui varie beaucoup d'un exercice à l'autre est, en principe, plus lourdement taxé qu'un revenu régulier, parce que le barème est progressif. Étaler les déductions sur les exercices où le revenu est élevé permet de les faire jouer là où elles pèsent le plus. Reste que le résultat exact dépend de votre barème cantonal et de votre situation ; il ne s'estime pas à la louche.
La forme de la déduction cumulée
Pour visualiser l'effet du temps sur des versements annuels, voici une courbe de capitalisation. Elle ne mesure pas votre rachat, mais l'effet cumulé d'un versement répété chaque année à la valeur du plafond de rachat, selon trois hypothèses de rendement constant. Elle est calculée par le gabarit, sans frais ni impôt, et ne constitue pas une prévision.
Sur le graphique, la ligne à rendement nul est une simple droite : chaque année ajoute le même montant. Les deux autres lignes s'en écartent, d'abord peu, puis davantage à mesure que les années passent, c'est l'effet des intérêts composés. L'enseignement n'est pas dans les chiffres de la courbe, qui dépendent d'hypothèses, mais dans sa forme : plus un montant entre tôt dans le 3a, plus il a de temps pour produire un effet, et chaque année de retard déplace tout le profil vers le bas. Aucun rendement n'est garanti, et la valeur d'un placement peut aussi baisser.
Le cas de Nadia, traductrice à Berne (exemple fictif)
Nadia travaille comme traductrice indépendante à Berne. Ses deux premières années, comptées depuis 2025, sont maigres : elle démarre, quelques clients seulement, de longs délais de paiement. Elle verse un peu en 3a, très en dessous du maximum que son revenu net l'autorisait à verser. Elle sait que ce n'est pas rattrapable pour les années précédant 2025, mais elle suit ses lacunes dans un tableau, année par année.
Puis arrive un gros contrat pluriannuel. Son exercice suivant est largement plus bénéficiaire que les précédents. Voici sa façon de procéder :
- Elle commence par verser le maximum ordinaire de l'année, condition posée pour pouvoir racheter. Elle s'assure que sa trésorerie couvre aussi ses charges, notamment les acomptes d'impôt et de cotisations.
- Elle fait ensuite un premier rachat, dans la limite du plafond annuel de rachat, pour combler la lacune de la première année faible.
- L'année suivante, si son revenu reste élevé, elle verse à nouveau le maximum ordinaire, puis fait un second rachat pour la lacune de la deuxième année.
Nadia ne choisit pas d'étaler par goût, mais parce que la règle le lui impose. Elle choisit en revanche dans quel ordre et dans quelle année placer chaque rachat : les années où son revenu est le plus élevé. Ce raisonnement de lissage, plutôt qu'une simple chronologie de carrière, est celui que le rachat permet à un indépendant. C'est une illustration, pas une recommandation, et la bonne répartition de chacun dépend de son canton, de son état civil et de son affiliation éventuelle au 2e pilier.
Une aide à la décision
Un exemple de plan d'étalement, sans montants
| Exercice | Situation | Action possible |
|---|---|---|
| Année creuse | Revenu net faible | Versement ordinaire réduit, lacune enregistrée |
| Année moyenne | Revenu correct | Versement ordinaire maximal, rachat partiel ou renvoi |
| Année forte | Revenu net élevé | Versement ordinaire maximal, puis rachat au plafond |
| Année suivante | Revenu encore élevé | Nouveau rachat sur la lacune suivante |
Le point de vigilance : ce plan ne s'écrit pas à l'avance avec certitude. Le revenu d'un indépendant se connaît souvent au moment de la clôture, et le rachat se fait dans l'année fiscale. Gardez donc une marge, et ne vous engagez pas sur un rachat avant d'avoir une visibilité raisonnable sur le bénéfice. Les pages sur l'économie d'impôt les années à gros revenu et l'étalement des comptes 3a prolongent ce raisonnement, la seconde du côté de la sortie du capital.
Ce qui se joue à la sortie
Le rachat se pense aussi avec le retrait en tête. Au moment du retrait, les prestations en capital sont soumises à un impôt annuel entier qui se calcule en additionnant le capital au revenu de l'année fiscale et en appliquant le barème correspondant (LIFD art. 38 al. 2). Un capital 3a plus élevé, grâce au rachat, se retrouve donc taxé à ce moment-là. La déduction à l'entrée et l'impôt à la sortie vont ensemble, et c'est la logique d'ensemble, sur plusieurs années, qui compte.
À ce titre, la déduction générale reste fondée sur la LIFD art. 33 al. 1 let. e : sont déductibles les primes, cotisations et montants versés en vue de l'acquisition de droits contractuels dans des formes reconnues de la prévoyance individuelle liée. Le Conseil fédéral détermine, en collaboration avec les cantons, quelles formes de prévoyance sont admises et dans quelle mesure les cotisations sont déductibles.
Rachat et dissolution de la société ou cessation d'activité
Racheter avant de retirer
La cessation d'activité est un moment où le rachat devient à la fois plus intéressant et plus délicat. Intéressant, car l'exercice de liquidation ou de remise de l'entreprise peut produire un bénéfice exceptionnel, donc un revenu imposable élevé. Délicat, car une des conditions du rachat est de ne pas avoir touché de prestation de vieillesse 3a. Autrement dit : si vous retirez votre 3a avant de racheter, la porte du rachat se ferme.
L'ordre des opérations est donc à examiner avant toute sortie de capital. Racheter d'abord, retirer ensuite, c'est la seule séquence compatible avec la règle. Le sujet est traité sous l'angle du retrait sur la page retrait du 3a, vente de l'entreprise et impôt.
Le régime particulier des 55 ans et plus
Le droit fiscal prévoit un régime spécifique pour l'indépendant qui cesse définitivement son activité. Le contribuable âgé de 55 ans révolus qui cesse définitivement son activité indépendante, ou qui est incapable de la poursuivre pour cause d'invalidité, voit les réserves latentes réalisées au cours des deux derniers exercices imposées séparément (art. 37b al. 1 LIFD). Le texte précise que les rachats au sens de l'art. 33 al. 1 let. d sont déductibles. La loi harmonisée contient une règle équivalente (art. 11 al. 5), qui renvoie à l'art. 9 al. 2 let. d.
Ces renvois visent les rachats de prévoyance de la lettre d, qui est celle des institutions de prévoyance professionnelle. Le texte ne dit pas, à lui seul, que le rachat 3a bénéficie du même traitement dans ce contexte. C'est un point à faire confirmer par votre administration fiscale cantonale ou votre fiduciaire avant de bâtir un plan sur cette base. Retenez le mécanisme général : à la fin de l'activité, une partie du bénéfice de liquidation peut être imposée séparément, et la déduction d'un rachat peut en atténuer le poids, sous réserve de confirmation sur votre cas.
Les pertes, un autre levier distinct
Un indépendant dont les derniers exercices ont été déficitaires peut aussi s'interroger sur le sort de ces pertes. Les pertes des sept exercices précédant la période fiscale peuvent être déduites si elles n'ont pas pu être prises en considération lors du calcul du revenu imposable des années concernées (art. 10 al. 2). Ce mécanisme est indépendant du rachat : il vise à réduire le revenu imposable en utilisant des pertes passées, alors que le rachat réduit le revenu imposable par un versement de prévoyance. Les deux peuvent coexister dans un même exercice, mais vous gagnez à les chiffrer séparément, car la déduction d'un rachat ne s'ajoute pas mécaniquement à celle d'une perte.
Quand une caisse de pension est aussi en jeu
Le dirigeant de Sàrl qui se verse un salaire, ou l'indépendant qui s'est affilié à une institution de prévoyance, doit tenir compte d'une règle voisine mais distincte. Dans le canton de Vaud, la page consacrée précise que la déduction d'un rachat d'années d'assurance effectué dans les trois années précédant la perception d'une prestation en capital du 2e pilier peut être remise en cause. Cette règle vise le rachat du 2e pilier, pas le rachat 3a, mais elle montre que l'administration regarde la proximité entre un rachat et un retrait de capital. Si vous avez les deux, parlez-en à l'avance avec votre fiduciaire. La page s'affilier à la LPP ou non aide à situer ce choix, mais elle n'est pas dans la liste des liens de cette page.
Documents à prévoir
Un dossier de rachat se prépare comme un dossier fiscal : on le monte avant d'en avoir besoin. Voici les pièces que l'institution ou votre administration peuvent demander, ou que vous aurez intérêt à pouvoir produire.
- les décisions de taxation de chaque année de lacune, qui établissent le revenu net de l'activité indépendante ;
- les décisions de cotisation AVS de ces mêmes années, qui prouvent que vous aviez un revenu soumis à l'AVS ;
- les comptes annuels de chaque exercice, pour retrouver le résultat avant impôt ;
- les attestations 3a de chaque année, avec les montants et les dates de versement ;
- la preuve du versement maximal de l'année du rachat, avec sa date ;
- la demande de rachat écrite, avec le montant, les années de lacune et leur montant ;
- l'attestation du rachat reçu de l'institution, à joindre à la déclaration d'impôt ;
- en cas de changement d'institution, l'historique des dix dernières années de cotisations et de rachats.
Ce dernier point est important : en cas de transfert du capital vers une autre forme reconnue de prévoyance, l'institution transférante communique à la nouvelle institution le montant annuel des cotisations ordinaires et des rachats (avec les lacunes comblées) des dix années précédentes (art. 8b). Ainsi la nouvelle institution sait quelles lacunes ont déjà été comblées. Si vous changez de prestataire, demandez explicitement que cet historique suive. Voir aussi transférer son 3a.
Côté déclaration, conservez tout dans un classeur de l'exercice. La page déclarer son 3a en lien avec sa comptabilité montre comment faire concorder les deux.
Les pièges qui reviennent le plus souvent
- Croire que les années avant 2025 se rattrapent. Elles sont exclues, sans exception.
- Oublier de verser d'abord le maximum ordinaire. Sans lui, aucun rachat n'est possible l'année en cause.
- Penser que le plafond de rachat suit le grand 3a. Il reste borné au montant de la petite déduction, même sans 2e pilier.
- Morceler une même année en plusieurs rachats. Un seul rachat comble la lacune d'une année donnée.
- Racheter après un retrait. Une prestation de vieillesse 3a déjà perçue ferme la porte.
- Compter sur la déduction dans l'année « rachetée ». Elle se fait l'année du paiement.
- Mal estimer le revenu de l'année. Une clôture décevante rend le versement maximal pesant, alors que le rachat est déjà engagé.
- Négliger l'impôt de sortie. La déduction d'aujourd'hui se paie sous une autre forme au retrait, et ce bilan se fait sur plusieurs années.
La page les erreurs fiscales sur le 3a complète cette liste, mais ce lien n'est pas retenu ici : pour cadrer votre propre situation, une comparaison gratuite permet de partir d'éléments personnalisés, dont le fonctionnement est expliqué sur la page comment ça marche.
Questions fréquentes
Un indépendant peut-il racheter ses années de 3a ?
Oui, depuis le 1er janvier 2025, sous conditions. Seules les lacunes apparues à partir de la période fiscale 2025 comptent, et il faut être légitimé à cotiser, avoir versé le maximum de l'année du rachat et ne pas avoir touché de prestation de vieillesse 3a. Le premier rachat est possible durant l'année fiscale 2026, pour 2025.
Combien peut-on racheter par an ?
Un seul rachat est admis par année fiscale, au maximum le montant de la petite déduction, soit 7 258 francs en 2025 et 2026. Cette limite vaut aussi pour les personnes sans 2e pilier, même si leur plafond de versement courant est bien plus élevé.
Peut-on racheter plusieurs années d'un coup ?
Oui : un rachat peut combler plusieurs lacunes annuelles, mais il reste limité au plafond de rachat de l'année fiscale. Si le total des lacunes dépasse ce plafond, le reste se rachète lors des exercices suivants. En revanche, la lacune d'une année donnée ne peut faire l'objet que d'un seul rachat.
Le rachat est-il déductible, et dans quelle année ?
Il est déductible fiscalement l'année où il est effectué, pas l'année rachetée. La base légale générale de la déduction est la LIFD art. 33 al. 1 let. e pour les formes reconnues de la prévoyance individuelle liée. L'effet réel sur votre impôt dépend de votre canton et de votre revenu ; il ne s'agit pas d'une économie que l'on peut promettre.
Les années avant 2025 peuvent-elles être comblées ?
Non. Toute lacune antérieure à la période fiscale 2025 est exclue du rachat. Le canton de Genève le précise aussi : seules les lacunes apparues dès 2025 peuvent être comblées. Pour ces années plus anciennes, il n'existe pas de rattrapage.
Faut-il verser le maximum avant de racheter ?
Oui. Il faut avoir versé la cotisation maximale 3a de l'année du rachat. Dans votre demande, vous confirmez avoir versé le montant maximal des cotisations ordinaires de l'année. Pour l'indépendant sans 2e pilier, ce maximum dépend de son revenu net et du plafond de l'année, qui est de 36 288 francs en 2026.
Que se passe-t-il si j'ai déjà retiré mon 3a ?
Si vous avez touché une prestation de vieillesse 3a, le rachat est exclu : c'est l'une des conditions cumulatives. Il faut donc racheter avant de retirer, ce qui compte particulièrement lors d'une cessation d'activité ou d'une vente d'entreprise.
Que dois-je fournir à l'institution ?
Une demande écrite précisant le montant demandé, les années de lacune concernées et leur montant, et, le cas échéant, le montant et la date des cotisations ordinaires de l'année. Vous y confirmez aussi votre revenu soumis à l'AVS pendant les années de lacune et l'absence de rachat antérieur pour ces années.
Le rachat peut-il changer si je change d'institution ?
L'historique doit suivre. En cas de transfert vers une autre forme reconnue de prévoyance, l'institution transférante communique à la nouvelle le montant annuel des cotisations ordinaires et des rachats (avec les lacunes comblées) des dix années précédentes. Demandez-le explicitement lors du transfert.
Quel plafond s'applique en 2027 ?
Le plafond avec 2e pilier est de 7 373 francs en 2027, et le plafond sans 2e pilier de 36 864 francs, le taux de 20 % du revenu de l'activité lucrative s'appliquant en dessous de ce maximum. Le plafond du rachat pour 2027 n'est pas encore fourni dans les repères officiels cités ici : vérifiez-le avant d'organiser un rachat sur cette année.
Sources
- 3e pilier a — rachats rétroactifs (nouveauté 2025) — Administration fédérale des contributions
- Plafonds du 3e pilier a (montants-limites non imposables) — OFAS
- 3e pilier a — plafonds de déduction (chiffres repères 2026) — OFAS
- Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
- Rachat de cotisations 3a (art. 7a et 7b OPP 3) — Fedlex
- Attestations et conservation des données (art. 8b OPP 3) — Fedlex
- Loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (LIFD), état au 1er janvier 2026 — Fedlex
- Imposition séparée des prestations en capital de prévoyance (art. 37b LIFD) — Fedlex
- Prestations en capital de prévoyance : imposition séparée (art. 11 LHID) — Fedlex
- Déductions (art. 10 LHID) — Fedlex
- Cotisations des indépendants et des personnes sans activité lucrative — Fedlex
- Rachat rétroactif du 3a — Canton de Genève
- Plafonds du 3e pilier a — Canton de Genève
- Calculer mes impôts — Canton de Vaud
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