Dans cette page
- Fixer un salaire conforme au marché
- Cotisations du couple : AVS, LPP, accident
- Équilibrer les piliers de chaque conjoint
- Régime matrimonial et patrimoine de l'entreprise
- Que se passe-t-il en cas de divorce ou de décès
- Simulation sur dix ans
- Les pièges fréquents
- Questions à poser avant de décider
- Questions fréquentes
Le conjoint collaborateur d'un indépendant, c'est la personne qui tient la comptabilité le soir, répond aux clients, gère les commandes ou assure l'accueil, et dont le travail est tantôt payé, tantôt tenu pour acquis. La question « quel salaire fixer, et quelle conséquence pour la LPP, l'AVS et le patrimoine du couple ? » mérite d'être traitée comme une décision de prévoyance à part entière, pas comme un détail de comptabilité. Un salaire versé, c'est un revenu qui entre dans l'AVS, qui peut ouvrir un accès au 2e pilier, qui rend possible un pilier 3a propre à votre conjoint, et qui modifie la manière dont l'entreprise, la fortune privée et la prévoyance se répartissent entre vous deux.
Cette page suit le fil d'une rémunération de couple, de la fixation du salaire jusqu'aux scénarios les plus difficiles (divorce, décès), avec une illustration sur la durée. Elle informe, elle ne remplace ni une fiduciaire, ni votre caisse de compensation, ni une comparaison personnalisée : la bonne rémunération dépend de votre canton, de votre forme juridique, de l'âge de chacun et du règlement de prévoyance éventuel.
Fixer un salaire conforme au marché
Pourquoi le salaire doit ressembler à ce que toucherait un tiers
Le principe de départ est simple : le travail de votre conjoint se rémunère comme celui d'un employé extérieur qui ferait la même chose. Ni trop peu, ni trop. Trop peu, et le couple se prive de droits : un revenu AVS minuscule, aucune ouverture vers le 2e pilier, aucun plafond de 3a utilisable. Trop, et l'administration fiscale peut considérer qu'une partie du salaire n'est pas justifiée par la prestation et la traiter autrement dans les comptes de l'entreprise.
Les autorités fiscales examinent plusieurs éléments : la nature réelle des tâches, le temps consacré, la formation et l'expérience, les salaires usuels dans la branche et la région, et la capacité de l'entreprise à supporter cette charge année après année. Aucun barème unique n'existe pour toutes les situations ; le montant-limite fiscal d'un salaire de conjoint dépend de ces critères et de la pratique du canton. Demandez-le à votre fiduciaire ou au service cantonal des impôts plutôt que de vous fier à une règle de pouce.
Les pièces qui rendent un salaire crédible
Un salaire de conjoint tient mieux lorsqu'il est documenté dès le premier jour :
- un contrat de travail écrit, avec cahier des charges, taux d'activité et date de début ;
- un décompte de salaire mensuel, versé sur un compte propre au conjoint, jamais en espèces ;
- un relevé des heures ou, à défaut, une description régulière de la présence ;
- une déclaration à la caisse de compensation et à l'assurance accidents, comme pour tout salarié ;
- une comptabilité qui enregistre le salaire et les charges sociales à leur place, en charge de l'entreprise.
Un salaire « informel », c'est-à-dire un virement irrégulier de montants arrondis sans décompte, se défend mal le jour d'un contrôle. Il se défend encore plus mal le jour d'un divorce ou d'un litige de succession, quand il faut prouver qui a travaillé, combien de temps et pour quel revenu.
Un cas fréquent : le conjoint à temps partiel
Exemple : Élodie, 44 ans, épouse de Marc, installateur sanitaire indépendant à Sierre, tient le secrétariat et la facturation deux demi-journées par semaine (exemple fictif). Faut-il la déclarer comme salariée, ou continuer sans salaire ? La réponse dépend du travail réellement fourni et de ce que le couple veut construire : si Élodie est active de façon régulière, un salaire proportionné au temps de travail lui crée des droits propres. Si son rôle est ponctuel (un coup de main de temps en temps), un salaire plein serait contesté. Entre les deux, un taux d'activité modeste mais réel reste défendable, à condition qu'il corresponde à la réalité.
Pour la vue d'ensemble de la situation où le statut du conjoint reste flou, la page Indépendant : le 3e pilier comme filet principal pose le décor : sans employeur, chacun doit construire ses piliers lui-même, et cela vaut aussi pour la personne qui travaille à vos côtés.
Cotisations du couple : AVS, LPP, accident
AVS : deux statuts différents dans la même entreprise
Dans une entreprise individuelle, vous cotisez comme indépendant. Votre revenu et le capital propre engagé dans l'entreprise sont déterminés par les autorités fiscales cantonales, puis communiqués à la caisse de compensation. Celle-ci est liée par ces données : elle ne refait pas votre taxation. Les cotisations sont fixées pour chaque année civile, à partir du revenu de l'exercice commercial clos pendant l'année et du capital propre investi à la fin de cet exercice.
Votre conjoint salarié relève d'un autre régime : l'AVS se prélève sur son salaire, avec une part supportée par l'employeur (votre entreprise) et une part par lui. Les cotisations réglementaires de l'employeur à des institutions de prévoyance exonérées d'impôt, de même que ses cotisations aux assureurs maladie et accidents ou aux caisses d'allocations familiales (si tous les salariés sont traités de la même manière), ne font pas partie du salaire déterminant pour l'AVS. En pratique, cela signifie que la part de l'employeur versée à une caisse de pension n'augmente pas l'assiette AVS du conjoint.
Autre rappel pratique : les employeurs et indépendants qui ne sont pas encore affiliés doivent s'annoncer auprès de la caisse de compensation cantonale. La loi ne fixe pas de délai à cet endroit, mais attendre ne présente aucun avantage, surtout pour un salaire déjà versé. Pour les cotisations sur un revenu qui varie, voyez Indépendant : l'AVS sur un revenu irrégulier et Indépendant : AVS, cotisation sur revenu et lacunes.
Les rentes AVS du couple : chacun la sienne
Il n'existe plus de rente de couple : chaque conjoint a sa rente individuelle, et les deux rentes réunies sont plafonnées ensemble à 150 % de la rente maximale. Pour le couple d'entrepreneurs, la conséquence est directe. Un conjoint qui n'a jamais cotisé sur un salaire a des lacunes personnelles, que le plafonnement des rentes de couple ne compense pas à lui seul. Le salaire versé, lui, nourrit un compte individuel AVS, et donc une rente à son nom.
LPP : facultative pour vous, souvent possible pour lui ou elle
En tant qu'indépendant, vous n'êtes pas obligé de vous affilier au 2e pilier ; la page Indépendant : le 2e pilier est-il utile sans employeur ? détaille ce choix. Pour votre conjoint salarié, la logique est différente : un salarié dont le salaire atteint les seuils fixés par la loi est soumis à l'assurance obligatoire LPP, et votre entreprise devient son employeur au sens du 2e pilier. Les montants-limites changent d'une année à l'autre : vérifiez ceux de l'année en cours auprès de votre institution de prévoyance.
Votre entreprise doit donc, le plus souvent, être affiliée à une institution de prévoyance pour son salarié, même si vous-même restez en dehors. Plusieurs points méritent une vérification :
- Le règlement. L'institution de prévoyance peut, dans son règlement, faire abstraction d'éléments de salaire de nature occasionnelle et fixer d'avance le salaire coordonné annuel à partir du dernier salaire annuel connu. Un conjoint dont le salaire fluctue avec les résultats de l'entreprise n'aura donc pas forcément un salaire assuré qui suit chaque variation.
- Le plafond du salaire assurable. Le salaire assurable du salarié, ou le revenu assurable de l'indépendant, selon le règlement, est limité à dix fois le montant-limite supérieur prévu par la loi. Cela concerne surtout les hauts revenus.
- La répartition des cotisations. Un salarié qui paie directement des cotisations à l'institution de prévoyance a droit au remboursement, par chaque employeur, de la moitié des cotisations afférentes au salaire versé par celui-ci. Dans une entreprise de couple, c'est le principe de la parité entre employeur et salarié qui s'applique.
- L'avoir de vieillesse. Il comprend les bonifications de vieillesse avec intérêts, l'avoir apporté par les institutions précédentes, les remboursements de versements anticipés, les montants issus d'un partage au divorce et les rachats. Le Conseil fédéral fixe le taux d'intérêt minimal et l'examine au moins tous les deux ans.
Le détail du calcul d'un salaire coordonné pour un dirigeant de société figure dans Dirigeant de Sàrl : salaire, LPP et 3a, le calcul. Pour l'indépendant lui-même, Indépendant : s'affilier à la LPP, un pilier à décider complète le tableau.
Accidents : une assurance à ne pas oublier
Le conjoint salarié doit être assuré contre les accidents comme tout employé. Sans salaire déclaré, il n'est pas couvert à ce titre ; c'est l'un des angles morts classiques des couples d'entrepreneurs, qui découvrent le problème le jour d'une chute à l'atelier. Demandez à votre assureur accident la couverture exacte (accidents professionnels et non professionnels selon le taux d'activité) et l'indemnité journalière prévue.
Vue d'ensemble
| Domaine | Vous (indépendant) | Votre conjoint (salarié) |
|---|---|---|
| AVS | Cotisation sur le revenu de l'exercice et le capital propre, fixée à partir des données fiscales cantonales | Cotisation sur le salaire, part employeur et part salarié |
| LPP | Affiliation facultative | Affiliation obligatoire si le salaire atteint les seuils de l'année |
| Accident | Assurance à choisir vous-même | Assurance obligatoire de l'employeur |
| Pilier 3a | Petit ou grand plafond selon votre affiliation au 2e pilier | Plafond propre, selon son affiliation à la caisse de pension |
| Rente AVS | Rente individuelle | Rente individuelle, plafonnée avec la vôtre à 150 % de la rente maximale |
Équilibrer les piliers de chaque conjoint
Deux situations, deux plafonds
Le pilier 3a ne se partage pas : chacun a le sien, et les deux époux exerçant une activité lucrative peuvent prétendre chacun à la déduction. C'est le point que beaucoup de couples ratent : on optimise le 3a de l'indépendant, et le conjoint, pourtant salarié, ne verse rien.
Le plafond dépend de l'affiliation au 2e pilier :
- Affilié à une institution de prévoyance (cas de votre conjoint salarié, en général) : déduction annuelle limitée à 8 % du montant-limite supérieur de la LPP, soit en 2026 le petit plafond de 7 258 francs, puis 7 373 francs en 2027.
- Non affilié (cas fréquent de l'indépendant) : déduction jusqu'à 20 % du revenu d'activité lucrative, avec un maximum de 40 % du montant-limite supérieur, soit en 2026 le grand plafond de 36 288 francs, puis 36 864 francs en 2027.
7 258 CHF
Plafond 3a avec 2e pilier en 2026
Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
36 288 CHF
Plafond 3a sans 2e pilier en 2026
Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
7 373 CHF
Plafond 3a avec 2e pilier en 2027
Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
36 864 CHF
Plafond 3a sans 2e pilier en 2027
Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)
150 % de la rente maximale
Plafonnement des rentes AVS du couple
Source: Rente AVS : minimale et maximale
Pour le détail du calcul sur le revenu, voyez Indépendant sans LPP : votre plafond 3a se calcule sur le revenu et Indépendant : le grand 3a à 20 % du revenu net.
Ce que change le salaire du conjoint sur son propre 3a
Le salaire du conjoint produit deux effets opposés. D'un côté, une fois qu'il est affilié à la caisse de pension de l'entreprise, son plafond de 3a est le petit, ce qui est plus bas que le grand plafond dont il disposerait s'il n'était pas affilié mais avait un revenu suffisant. De l'autre, il dispose désormais d'un 2e pilier, avec bonifications de vieillesse, couverture en cas d'invalidité et de décès, et d'un 3a qu'il peut alimenter régulièrement.
Autrement dit, ce n'est pas le salaire qui est « bon » ou « mauvais » en soi : c'est l'équilibre que le couple choisit entre trois sources de prévoyance pour chacun (AVS, LPP, 3a) et le coût de chacune pour la trésorerie de l'entreprise. Un salaire élevé pour le conjoint augmente la charge de l'entreprise aujourd'hui, mais construit des droits dont le couple bénéficiera à la retraite, à l'invalidité ou au décès.
Comparer deux niveaux de salaire sur la durée
L'illustration qui suit montre la forme de la capitalisation d'un 3a alimenté chaque année au petit plafond de 2026, sous trois hypothèses de rendement. Ce n'est pas une prévision ni une promesse : le gabarit calcule des montants hypothétiques, sans frais ni impôt. Ce qu'il faut en retenir, c'est que l'écart entre hypothèses grandit avec les années, et qu'un versement régulier pèse davantage que le niveau de rendement choisi dans les premières années.
Un couple qui verse les deux plafonds, chacun dans son propre pilier 3a, double cette courbe en parallèle. À l'inverse, si seul l'indépendant verse, la courbe du conjoint reste à zéro, alors que le temps est précisément ce qui travaille le plus pour lui. Pour comparer des profils d'épargne, la page Indépendant : estimer son capital de retraite avec un 3a propose une simulation chiffrée.
Le rachat rétroactif : rattraper des années sans 3a
Si votre conjoint n'a pas versé de 3a pendant des années de collaboration non salariée, le rachat rétroactif est une piste à connaître. Il est possible pour jusqu'à dix ans de cotisations manquantes, et déductible l'année où il est effectué ; la nouveauté s'applique à partir de l'année fiscale 2026 (rachat de 2025). Les cotisations de rachat de l'année ne doivent pas dépasser la différence entre la somme des cotisations annuelles maximales admises et celle des cotisations effectivement versées au cours des dix années précédentes, ni en aucun cas 8 % du montant-limite supérieur de la LPP.
Pour le conjoint, une condition pratique : il faut avoir eu un droit de verser pendant les années concernées, donc avoir exercé une activité lucrative soumise à l'AVS. Un conjoint sans salaire déclaré peut avoir de la peine à prouver ce droit. Voyez Indépendant : racheter ses années de 3a sur plusieurs exercices pour les étapes concrètes.
Régime matrimonial et patrimoine de l'entreprise
Qui possède quoi dans le couple ?
Sans contrat de mariage, les époux vivent sous le régime de la participation aux acquêts : chacun garde ses biens propres, et les acquêts, c'est-à-dire ce qui a été gagné pendant le mariage par le travail, se partagent à la dissolution du régime. Une entreprise fondée avant le mariage, ou reçue par héritage, a un statut différent de celle créée pendant le mariage avec l'argent du ménage. Dans la pratique, l'entreprise d'un indépendant est souvent un mélange : un capital de départ, des bénéfices réinvestis, des parts de plus-value.
Deux autres régimes existent : la séparation de biens, où chacun reste maître de tout ce qui lui appartient, et la communauté de biens, où une grande partie des biens est commune. Le choix du régime, par contrat de mariage devant notaire, change la manière dont la valeur de l'entreprise entre dans le partage. Il se discute avant les difficultés, pas pendant.
Ce régime ne se traite pas en passant, et il dépend du droit du canton et de la situation de chacun : un notaire ou un avocat spécialisé est la bonne porte. Ce qui compte pour votre prévoyance, c'est d'en connaître l'effet sur trois masses : l'entreprise, la fortune privée et les avoirs de prévoyance de chacun.
Prévoyance et fortune : les avoirs ne se traitent pas comme le reste
Les avoirs de 2e pilier et de 3a ne suivent pas exactement les mêmes règles que le compte bancaire privé. Ils sont affectés à la prévoyance, sont bloqués jusqu'à des événements précis (retraite, invalidité, décès, certains retraits anticipés), et leur sort au divorce ou au décès obéit à des règles propres. D'où l'intérêt de bien distinguer, dans le patrimoine du couple, ce qui relève de l'entreprise, ce qui est de la fortune libre et ce qui est de la prévoyance liée.
Sur l'articulation entre 3a, société et fortune privée, la page Indépendant : 3a, entreprise et fortune privée approfondit. Pour le 3b qui complète le 3a, voyez Indépendant : le 3b dans son patrimoine privé.
Salaire du conjoint et valeur de l'entreprise
Un salaire pour le conjoint abaisse le bénéfice de l'entreprise, donc sa valeur de rendement si elle est vendue un jour. À l'inverse, une entreprise où le conjoint travaille gratuitement affiche un bénéfice flatté, qu'un repreneur rectifiera lors de l'évaluation en ajoutant le salaire normal d'un remplaçant. Autrement dit, le salaire du conjoint n'est pas un détail à la revente : il affecte le prix, et donc le capital que le couple tirera de la transmission. La page Transmettre son entreprise : financer sa retraite avec le capital reprend ce point sous l'angle de la retraite.
Que se passe-t-il en cas de divorce ou de décès
Divorce : la prévoyance se partage aussi
En cas de dissolution du régime matrimonial pour une cause autre que le décès, tout ou partie des droits aux prestations de vieillesse peut être cédé au conjoint par le preneur, ou lui être attribué par le juge. Le montant est versé à l'institution indiquée par le conjoint ou à une institution de prévoyance (art. 4 al. 3 OPP 3). Cette règle concerne la prévoyance liée 3a ; l'avoir de 2e pilier suit ses propres règles de partage, et l'avoir de vieillesse comprend notamment les montants issus d'un partage au divorce.
Pour le couple d'entrepreneurs, plusieurs conséquences pratiques en découlent :
- le conjoint salarié de l'entreprise a des droits propres de 2e pilier, que le divorce peut partager ; l'indépendant qui a gardé son capital de prévoyance en 3a peut voir une partie de ce capital attribuée à l'autre ;
- le salaire versé pendant le mariage est un élément de preuve du travail fourni, qui pèse dans l'évaluation de l'entreprise et dans les contributions éventuelles ;
- le conjoint qui n'a jamais été déclaré comme salarié se retrouve avec des droits plus faibles à faire valoir, ce qui rend le partage plus conflictuel.
Les chiffres exacts dépendent du jugement et du régime : pour une situation précise, un avocat est indispensable. Sur ce thème, Dirigeant de Sàrl : divorce, entreprise et 3e pilier examine le cas d'une société.
Décès du preneur : qui reçoit le capital 3a ?
En cas de décès du titulaire d'un 3a, l'ordre des bénéficiaires prévu par l'OPP 3 est le suivant :
- le conjoint ou partenaire enregistré survivant ;
- les descendants directs, les personnes à l'entretien desquelles le défunt subvenait de façon substantielle, ou la personne qui avait formé avec lui une communauté de vie ininterrompue d'au moins cinq ans immédiatement avant le décès ou qui doit subvenir à l'entretien d'un ou de plusieurs enfants communs ;
- les parents ;
- les frères et sœurs ;
- les autres héritiers.
Le conjoint arrive donc en premier, ce qui protège le conjoint collaborateur. Mais attention : les clauses bénéficiaires peuvent être précisées ou modifiées dans les limites que la loi permet, et un conjoint qui n'a pas de 3a à son nom ne profite que de celui du défunt, sans constituer de capital propre.
Après le décès : la succession et les arriérés d'impôt
Lorsqu'un héritier découvre que le défunt avait soustrait des éléments de fortune ou de revenu au fisc, un régime de rappel d'impôt simplifié existe. Chaque héritier y a droit indépendamment des autres, à condition qu'aucune autorité fiscale n'ait connaissance de la soustraction, que l'héritier collabore sans réserve avec l'administration et qu'il s'efforce d'acquitter le rappel. Il est calculé sur les trois périodes fiscales précédant l'année du décès. Pour un couple d'entrepreneurs dont les comptes n'ont pas toujours été tenus avec rigueur, savoir que cette porte existe peut éviter de transformer une succession en contentieux.
Le décès d'un associé ou du conjoint dans l'entreprise
Quand le conjoint collaborateur décède, l'entreprise perd un poste de travail ; quand c'est l'indépendant, elle peut perdre son existence. Ce sont deux situations où les décisions prises plus tôt (salaire déclaré, affiliation à la LPP, bénéficiaires du 3a, assurance risque) jouent à plein. La page Dirigeant de Sàrl : décès, conjoint, associés et 3e pilier examine l'enchaînement.
Les règles à retenir, en un tableau
| Événement | Ce que prévoient les règles | Point à vérifier |
|---|---|---|
| Divorce | Tout ou partie des droits aux prestations de vieillesse peut être cédé ou attribué par le juge | Régime matrimonial, preuve du travail du conjoint |
| Décès du titulaire d'un 3a | Le conjoint ou partenaire enregistré survivant passe en premier | Clause bénéficiaire du contrat |
| Succession | Rappel d'impôt simplifié ouvert à chaque héritier sous conditions | Calcul sur les trois périodes fiscales précédant le décès |
| Retraite du couple | Une rente AVS par personne, plafonnées ensemble à 150 % de la rente maximale | Lacunes de cotisation de chacun |
| Rachat de 3a | Possible pour jusqu'à dix ans de cotisations manquantes | Droit de verser pendant les années concernées |
Simulation sur dix ans
Un couple fictif, deux scénarios
Exemple : Nadia et Julien, entrepreneurs à Sierre, exploitent ensemble un atelier de menuiserie en raison individuelle au nom de Julien (exemple fictif). Nadia, 41 ans, y travaille régulièrement à temps partiel depuis des années, sans salaire jusque-là. Ils se demandent comment organiser leur prévoyance sur la prochaine décennie. Ils comparent deux scénarios, sans chiffre précis ici, puisque c'est la mécanique qui compte :
- Scénario A : un salaire modeste pour Nadia. Il suffit à ouvrir un revenu AVS à son nom et, si le seuil de l'année est atteint, une affiliation LPP. Elle peut aussi verser au petit plafond de 3a. La charge pour l'atelier reste mesurée.
- Scénario B : un salaire plus élevé, plus proche d'un poste de marché. Les cotisations d'employeur augmentent, tout comme les droits de Nadia au 2e pilier et à l'AVS. Elle peut alimenter son 3a au petit plafond chaque année. La charge pour l'atelier est plus lourde, et le bénéfice de Julien baisse d'autant.
Ce que la simulation doit regarder
Une simulation utile ne se limite pas au salaire net du mois. Elle suit, année après année, cinq flux :
- le coût total pour l'entreprise (salaire, cotisations, assurances) ;
- la déduction fiscale pour l'entreprise et l'impôt sur le revenu du couple ;
- l'évolution de l'avoir de 2e pilier de Nadia ;
- les versements 3a de chacun, avec le plafond de l'année ;
- l'effet sur les rentes AVS futures de chacun.
La forme des courbes compte plus que leur point d'arrivée : le temps joue en faveur de celui qui commence tôt, et un salaire déclaré dès maintenant pèse davantage qu'un salaire fort décidé au dernier moment. Les calculateurs de l'administration fiscale permettent d'estimer l'effet d'un versement 3a sur l'impôt ; Indépendant : simuler l'économie d'impôt d'un versement 3a les met en pratique. Gardez à l'esprit qu'un résultat de simulateur est un ordre de grandeur pour un profil type, pas ce que votre couple paiera ou non.
Un parcours à suivre, étape par étape
La revue annuelle
Une fois le système en place, la discipline compte plus que l'optimisation. Chaque fin d'année, vérifiez ensemble :
- le salaire versé correspond toujours au travail réel de votre conjoint ;
- le plafond de 3a de l'année est connu pour chacun, selon l'affiliation au 2e pilier ;
- les versements ont été faits à temps auprès du prestataire, avant la date limite ;
- les attestations de 3a et de caisse de pension sont classées pour la déclaration ;
- les clauses bénéficiaires sont à jour après tout changement de situation familiale ;
- le régime matrimonial est connu de chacun et correspond à ce qui a été voulu.
Le tableau de bord de prévoyance de l'indépendant aide à organiser ce suivi sans employeur, et la check-list annuelle de prévoyance en donne une version plus détaillée.
Cas d'âge et horizon
Plus le couple est proche de la retraite, moins la simulation a de marge : un conjoint de cinquante-cinq ans qui commence à cotiser au 2e pilier n'accumule pas autant qu'un conjoint de trente ans, et il faut alors s'appuyer davantage sur le rachat de 3a et sur l'étalement des retraits. Après l'âge de référence, on peut continuer à cotiser au 3a au plus tard jusqu'à cinq ans après cet âge, tant qu'une activité lucrative est exercée ; passé ce délai, le droit à la déduction disparaît. Dans une entreprise de couple, cela donne un argument de plus pour maintenir le salaire du conjoint, tant que le travail est réel. Voyez aussi Indépendant : continuer à cotiser et reporter le retrait.
Les pièges fréquents
- Verser un salaire sans contrat ni décompte. Il est difficile à défendre en cas de contrôle fiscal ou de litige familial.
- Oublier l'assurance accident. Le conjoint salarié doit être couvert comme tout employé.
- Verser un salaire à un conjoint qui ne travaille pas vraiment dans l'entreprise. C'est le motif le plus classique de redressement.
- Négliger le 3a du conjoint. Chacun a son plafond ; ne pas l'utiliser, c'est laisser passer une déduction que la loi permet.
- Ignorer le règlement de l'institution de prévoyance. Le salaire coordonné peut être fixé d'avance, et des éléments de salaire occasionnels peuvent être écartés.
- Compter sur le régime matrimonial sans l'avoir lu. Le régime par défaut ne correspond pas toujours à la réalité de l'entreprise.
- Laisser la clause bénéficiaire du 3a sans la relire. Après un divorce, une naissance ou un remariage, elle doit être mise à jour.
Pour les erreurs de plafond, Indépendant : erreurs de plafond et de versement au 3a donne les cas les plus fréquents.
Questions à poser avant de décider
À votre fiduciaire ou à votre institution de prévoyance, les questions utiles sont concrètes :
- Quel est le salaire raisonnable pour les tâches que mon conjoint effectue, selon la pratique du canton ?
- À partir de quel salaire mon conjoint est-il soumis à la LPP cette année, et que dit le règlement de l'institution sur les salaires variables ?
- Quelle est la part de l'employeur dans les cotisations, et comment est-elle comptabilisée dans l'entreprise ?
- Comment l'avoir de mon conjoint est-il géré en cas de départ de l'entreprise (libre passage) ?
- Quelles sont les prestations de risque (invalidité, décès) pour mon conjoint, et pour moi si je reste hors du 2e pilier ?
- Quel prestataire 3a convient à nos profils respectifs, et quels types de frais faut-il comparer ? La page Indépendant : 25 questions à poser à un prestataire de 3a en propose la liste.
Une comparaison gratuite permet de rassembler ces points pour votre situation, à partir d'offres du marché.
Questions fréquentes
Mon conjoint peut-il travailler dans mon entreprise sans salaire ?
Oui, en pratique cela arrive souvent, mais c'est la configuration qui fragilise le plus le couple. Sans salaire déclaré, votre conjoint ne cotise pas à son propre compte AVS sur ce travail, n'a pas d'accès au 2e pilier par l'entreprise, n'est pas couvert comme salarié contre les accidents et ne peut pas, en général, justifier un droit de verser dans un pilier 3a. Un statut clair coûte quelque chose à l'entreprise aujourd'hui, mais il protège le couple demain.
Quel salaire est accepté par le fisc pour un conjoint collaborateur ?
Il n'existe pas de montant unique. Le salaire doit correspondre au travail réellement fourni, au temps consacré, à la formation et à ce qu'on paierait à un tiers pour la même fonction dans la région et la branche. Les cantons ont leur pratique, que votre fiduciaire connaît. Documentez le contrat, les décomptes et les heures : c'est la meilleure défense en cas de question.
Mon conjoint doit-il être affilié à la LPP ?
S'il est salarié de votre entreprise et que son salaire atteint les seuils fixés par la loi pour l'année, l'affiliation obligatoire s'applique, même si vous-même, en tant qu'indépendant, restez hors du 2e pilier. Les montants-limites changent d'une année à l'autre ; votre institution de prévoyance ou votre fiduciaire vous donne ceux de l'année en cours. Sous les seuils, l'affiliation n'est pas obligatoire.
Mon conjoint peut-il avoir un 3a alors que j'ai déjà le mien ?
Oui. Lorsque les deux époux exercent une activité lucrative et versent à une forme reconnue de prévoyance, chacun peut prétendre à la déduction. Le plafond de chacun dépend de son affiliation au 2e pilier : le petit plafond (7 258 francs en 2026) s'il est affilié à une caisse de pension, le grand (36 288 francs en 2026, dans la limite de 20 % du revenu d'activité) s'il ne l'est pas.
Que se passe-t-il pour le 3a de mon conjoint en cas de divorce ?
Tout ou partie des droits aux prestations de vieillesse peut être cédé au conjoint par le preneur, ou lui être attribué par le juge ; le montant est versé à l'institution indiquée par le conjoint ou à une institution de prévoyance. Le résultat dépend du régime matrimonial, de la durée du mariage et du jugement. Un avocat spécialisé est indispensable dans ce cas.
Qui touche le capital 3a en cas de décès ?
L'ordre prévu est le conjoint ou partenaire enregistré survivant en premier, puis les descendants directs, les personnes entretenues de façon substantielle ou le concubin remplissant les conditions de la communauté de vie, puis les parents, les frères et sœurs, et enfin les autres héritiers. Le conjoint passe donc avant les enfants. Relisez votre clause bénéficiaire après tout changement de situation.
Le salaire de mon conjoint augmente-t-il sa rente AVS ?
Il alimente son compte individuel AVS, donc sa rente à lui ou elle. Il n'existe plus de rente de couple : chaque conjoint a sa rente individuelle, et les deux rentes sont plafonnées ensemble à 150 % de la rente maximale. Des années sans salaire déclaré peuvent donc laisser des lacunes de cotisation à son nom.
Peut-on racheter des années de 3a pour un conjoint qui n'a rien versé ?
Le rachat rétroactif est possible pour jusqu'à dix ans de cotisations manquantes, déductible l'année où il est effectué, avec une nouveauté à partir de l'année fiscale 2026 (rachat de 2025). Il suppose que votre conjoint ait eu le droit de verser pendant ces années, donc une activité lucrative soumise à l'AVS. Sans salaire déclaré, ce droit est difficile à prouver. Votre prestataire vous indiquera la procédure.
Le salaire du conjoint change-t-il la valeur de l'entreprise à la vente ?
Oui. Un salaire normal pour le conjoint réduit le bénéfice affiché, donc la valeur de rendement. À l'inverse, un bénéfice flatté par un travail gratuit sera corrigé par un repreneur, qui y ajoutera le coût d'un remplaçant. Mieux vaut un bénéfice réaliste dès aujourd'hui, qui évite les mauvaises surprises au moment de transmettre.
Une simulation suffit-elle pour décider du salaire ?
Non. Une simulation donne un ordre de grandeur pour un profil type, avec des hypothèses affichées. La décision dépend du canton, de la forme juridique, de l'âge de chacun, du règlement de prévoyance et du régime matrimonial. Elle se prend avec votre fiduciaire, et une comparaison personnalisée aide à situer les offres de prévoyance pour votre couple.
Sources
- Cession, mise en gage et divorce (OPP 3) — Fedlex
- Déduction fiscale des cotisations 3a (OPP 3, art. 7) — Fedlex
- Rachat de cotisations 3a (OPP 3, art. 7a) — Fedlex
- Bénéficiaires et ordre successoral (OPP 3, art. 2) — Fedlex
- Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral) — admin.ch
- Plafonds du 3e pilier a (montants-limites non imposables) — OFAS
- 3e pilier a — plafonds de déduction — Administration fédérale des contributions
- Rente AVS : minimale et maximale — OFAS
- Cotisations des indépendants — Fedlex
- Personnes assurées et affiliation — Fedlex
- Cotisations des salariés et des employeurs — Fedlex
- Cotisations des indépendants et des personnes sans activité lucrative — Fedlex
- Salaire coordonné et bonifications de vieillesse — Fedlex
- Indépendants et assurance facultative — Fedlex
- Prestations de vieillesse — Fedlex
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