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Guide

Prévoyance d'indépendant en Suisse : piloter sans employeur, année après année

Vos trois piliers sont en place, mais personne ne vous envoie de bilan. Sans employeur, c'est à vous de suivre chaque année la retraite, l'invalidité, le décès et la trésorerie de votre prévoyance d'indépendant.

Mis à jour le · Information générale, pas un conseil personnalisé ni une offre de prévoyance.

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Dans cette page
  1. Pourquoi un indépendant doit se faire son propre bilan
  2. Les trois piliers dans un tableau de bord unique
  3. Les risques oubliés : invalidité, décès, perte de gain
  4. Indicateurs à suivre chaque année après la clôture
  5. Arbitrer entre rachat, 3a, 3b et réinvestissement dans l'entreprise
  6. Rythme de révision et événements qui la déclenchent
  7. Modèle de revue annuelle en une page
  8. Questions fréquentes

La prévoyance d'indépendant en Suisse a une particularité que les salariés ne voient pas : personne ne la surveille à votre place. Un salarié reçoit chaque année un certificat de sa caisse de pension, une fiche de salaire qui montre les cotisations et, souvent, un interlocuteur au service du personnel. Vous, vous recevez des factures de cotisations AVS, des relevés de comptes 3a et, au mieux, une police d'assurance que vous n'avez pas relue depuis son ouverture. Ce guide s'adresse à celui ou celle qui a déjà assemblé ses piliers et qui veut maintenant les piloter : un tableau de bord annuel, des indicateurs lisibles, des risques regardés en face et des arbitrages posés avant la clôture des comptes plutôt qu'au dernier jour de décembre.

Il ne dit pas quoi choisir et ne recommande aucun prestataire : l'information porte sur la méthode. Les chiffres cités viennent de sources officielles, listées en fin de page ; tout le reste dépend de votre situation (revenu, canton, âge, état civil, affiliation éventuelle à un 2e pilier, pays de résidence).

Pourquoi un indépendant doit se faire son propre bilan

Un système conçu pour des salariés

Les trois piliers ont été pensés autour d'une relation de travail. L'employeur affilie, cotise, informe et, en cas de problème, déclenche des prestations. Quand vous travaillez à votre compte ou que vous dirigez votre société sans vous verser un salaire assuré, cette mécanique se vide en partie. Le 1er pilier existe, mais ses cotisations se calculent sur vos résultats et sa rente ne dit rien de votre niveau de vie. Le 2e pilier est facultatif pour l'indépendant : sans démarche de votre part, il n'existe pas. Le 3e pilier devient alors le filet principal, avec un plafond de versement bien plus élevé que celui des salariés affiliés, mais aucun automatisme.

Le résultat est un angle mort. Chaque pilier a son calendrier, son interlocuteur et son vocabulaire, et aucun document ne les réunit. Le tableau de bord sert exactement à cela : mettre sur une page ce qui est dispersé sur cinq courriers.

Un revenu qui varie, donc des décisions qui se prennent après coup

Pour un salarié, le revenu est connu en janvier. Pour vous, il se connaît à la clôture de l'exercice, parfois des mois après la fin de l'année. Or le droit de verser en 3a, le montant maximal et l'intérêt d'un rachat se jugent sur ce résultat. Les cotisations AVS des indépendants sont d'ailleurs fixées pour chaque année civile sur la base du revenu de l'exercice commercial clos pendant l'année et du capital propre investi à la fin de l'exercice, et la caisse est liée par les données des autorités fiscales cantonales. Autrement dit, la même clôture alimente votre AVS, votre impôt et votre marge de manœuvre en prévoyance. La revue annuelle se place donc juste après la clôture, quand les chiffres sont connus et qu'il reste du temps pour agir.

Ce que le bilan apporte concrètement

Un bilan bien tenu répond à quatre questions simples : ai-je de quoi vivre à la retraite, de quoi tenir si je ne peux plus travailler, de quoi protéger mes proches si je disparais, et de quoi absorber une mauvaise année sans toucher à mon capital de retraite ? Si l'une des réponses est « je ne sais pas », le tableau de bord a déjà rempli son rôle. Pour comprendre comment les étages s'assemblent avant de les piloter, la page sur les trois piliers de l'indépendant pose les bases ; celle-ci suppose qu'elles sont acquises.

Les trois piliers dans un tableau de bord unique

Un indicateur par étage, pas un classeur par étage

L'erreur classique consiste à suivre les piliers séparément, avec un onglet par prestataire. Un tableau de bord utile tient en quatre lignes : retraite, invalidité, décès, trésorerie. Chaque ligne reçoit une appréciation qualitative, de « découvert » à « bien couvert », et une phrase qui dit pourquoi. Le but n'est pas de calculer un chiffre exact au franc près, mais de repérer la ligne qui décroche.

Le schéma suivant montre une lecture fictive de ces quatre lignes. Les niveaux sont des appréciations d'exemple, pas des mesures : les vôtres dépendent de vos contrats, de votre famille et de votre activité.

Indicateurs fictifs de couverture d'un indépendantDécouvertBien couvertRetraiteSeuil de lecture : le 1er pilier et le 3a ensemblecouvrent-ils un revenu de remplacement acceptable ?InvaliditéSeuil de lecture : une rente et des indemnités journalièresexistent-elles vraiment à votre nom ?DécèsSeuil de lecture : vos proches et vos associés sont-ilsprotégés par écrit ?TrésorerieSeuil de lecture : une mauvaise année se traverse-t-ellesans toucher au capital de retraite ?
Indicateurs fictifs de couverture d'un indépendant

Lecture : un niveau bas n'est pas une faute, c'est une alerte. Une trésorerie confortable avec une couverture d'invalidité fragile signale que l'argent est là mais que le risque n'est pas porté. À l'inverse, un 3a très rempli avec une trésorerie d'entreprise mince expose à un retrait forcé, ou à un arrêt des versements au pire moment.

Étage 1 : l'AVS comme base à vérifier

L'indépendant s'annonce à la caisse de compensation cantonale lorsqu'il n'est pas déjà affilié, et la loi ne fixe pas de délai à cet endroit : ce silence ne signifie pas qu'on peut attendre. Chaque année, le tableau de bord note trois choses : la cotisation a-t-elle été fixée sur le bon revenu, y a-t-il des lacunes de cotisation à combler, et le revenu déclaré à la caisse est-il cohérent avec celui de la déclaration d'impôt ? Pour le détail, voir l'AVS sur un revenu irrégulier.

Un point de vigilance : lorsque le revenu indépendant est faible, les règles prévoient une cotisation minimale. Si le revenu annuel de l'activité indépendante est égal ou inférieur à 10 000 francs, la cotisation minimale de 435 francs par an s'applique, sauf si ce montant a déjà été perçu sur un salaire déterminant. Et un assuré actif qui paie moins de 435 francs sur l'année civile, part d'un éventuel employeur comprise, est considéré comme une personne sans activité lucrative. Ce détail change le statut, donc les droits : à contrôler les années maigres.

Étage 2 : le 2e pilier, un choix à réexaminer

Le 2e pilier de l'indépendant n'est pas automatique. Vous pouvez vous affilier à titre facultatif, ou ne rien faire. Dans les deux cas, le tableau de bord note la décision et la date à laquelle vous la réexaminez, car elle conditionne le plafond du 3a. Le seuil d'entrée de la LPP, c'est-à-dire le salaire annuel minimal de l'assurance obligatoire d'un salarié, est de 22 680 CHF en 2026. Il s'applique aux salariés ; si vous vous versez un salaire par votre propre société, la question de l'affiliation obligatoire se pose différemment de celle d'un indépendant en raison individuelle. Les pages le 2e pilier est-il utile sans employeur et s'affilier à la LPP ou non détaillent l'arbitrage.

Étage 3 : le 3a et le 3b comme variables d'ajustement

C'est ici que vous avez le plus de prise. Sans 2e pilier, le plafond du 3a est un montant maximal de 36 288 CHF en 2026 et de 36 864 CHF en 2027 ; en dessous de ce maximum, le taux de 20 % du revenu de l'activité lucrative s'applique. Avec un 2e pilier, le « petit » plafond est de 7 258 CHF en 2026 et de 7 373 CHF en 2027. L'écart entre les deux explique à lui seul pourquoi la décision sur la LPP appartient au tableau de bord : elle change l'ordre de grandeur de ce que vous pouvez mettre de côté en franchise d'impôt. Pour le calcul détaillé, voir le plafond 3a sans LPP.

36 288 CHF

Plafond 3a sans 2e pilier en 2026

Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)

36 864 CHF

Plafond 3a sans 2e pilier en 2027

Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)

7 258 CHF

Plafond 3a avec 2e pilier en 2026

Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)

7 373 CHF

Plafond 3a avec 2e pilier en 2027

Source: Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral)

Les repères officiels à reporter dans votre tableau de bord

Les risques oubliés : invalidité, décès, perte de gain

Le piège du « j'ai un 3a, donc je suis couvert »

Un compte 3a bancaire accumule de l'épargne ; il ne verse ni rente d'invalidité ni capital-décès au-delà de son solde. Si une maladie vous écarte de votre activité, l'AI peut verser une rente après examen de votre situation, mais celle-ci ne reflète pas le revenu d'un dirigeant dont l'entreprise tourne grâce à lui. Les frais fixes de la société, eux, continuent de courir. Les risques d'invalidité et de décès sont les grands oubliés des indépendants précisément parce qu'aucun employeur ne les assure à leur place.

Ce que le 2e pilier couvre, et ce qu'il ne couvre pas sans vous

Dans le 2e pilier obligatoire des salariés, les risques de décès et d'invalidité sont assurés dès le 1er janvier qui suit les 17 ans, la vieillesse seulement dès le 1er janvier qui suit les 24 ans. Ces règles protègent le salarié. Pour l'indépendant, l'assurance est facultative, et son entrée n'est pas toujours simple : la couverture des risques de décès et d'invalidité d'un indépendant assuré à titre facultatif peut faire l'objet d'une réserve pour raison de santé durant trois ans au plus (LPP, art. 45). Cette réserve n'est pas admissible si l'indépendant s'assure moins d'une année après avoir été soumis à l'assurance obligatoire pendant au moins six mois. Traduction pratique : plus on attend pour s'assurer, plus l'état de santé pèse dans l'acceptation. Le moment de la décision compte autant que son principe.

À noter aussi un mécanisme qui concerne ceux qui sortent du salariat : les bénéficiaires d'indemnités journalières de l'assurance-chômage sont soumis à l'assurance obligatoire pour les risques de décès et d'invalidité (LPP, art. 2 al. 3). Un indépendant qui a connu une période de salariat ou de chômage avant de se lancer vérifie donc ce que ces périodes ont laissé comme droits.

La perte de gain : l'assurance que personne n'impose

Les indemnités journalières en cas de perte de gain relèvent d'une assurance facultative pour l'indépendant. Elles compensent une partie du revenu pendant une incapacité de travail, avant qu'une éventuelle rente d'invalidité ne prenne le relais. Les conditions, le délai d'attente avant le versement et le revenu assuré se lisent dans le contrat ; aucun de ces éléments ne se déduit d'un chiffre général. Le piège le plus courant est un revenu assuré qui n'a pas suivi la croissance de l'activité : l'indemnité repose alors sur un revenu d'il y a plusieurs années. La page perte de gain et indemnités journalières détaille ces points.

Libération des primes, retrait anticipé et invalidité

Deux mécanismes touchent directement le 3a. D'abord, la libération du paiement des primes d'une police liée en cas d'incapacité de gain : si vous avez une police 3a d'assurance, vérifiez qu'elle existe et à quelles conditions elle joue. Ensuite, l'un des motifs de versement anticipé du 3a (art. 3 OPP 3) est l'invalidité complète sans couverture. Cette dernière ligne dit beaucoup : le législateur a prévu qu'un 3a puisse être débloqué pour qui n'a aucune couverture invalidité. C'est une soupape, pas un plan. Pour la comparaison des produits, voir la libération des primes en cas d'incapacité de gain.

Le décès : conjoint, partenaire, associés

Le décès pose trois questions distinctes. Que reçoit le conjoint ou le partenaire ? Selon l'état civil, une partie des prestations de l'AVS peut revenir à un conjoint survivant, mais un concubin n'est pas traité comme un époux, et la clause bénéficiaire d'un 3a se règle par écrit. Que devient l'entreprise ? Une Sàrl suppose des associés, des statuts et parfois une convention. Que deviennent les dettes et les engagements privés (hypothèque, cautionnements) ? Chacune de ces questions peut avoir une réponse différente dans votre cas. Elles se traitent dans le décès d'un associé et la protection du conjoint.

Indicateurs à suivre chaque année après la clôture

Les sept lignes du tableau

Voici un modèle de revue : un indicateur, d'où vient le chiffre, à quelle fréquence on le contrôle, et ce qu'il déclenche. Le tableau est volontairement sans chiffre personnel : à vous de remplir la colonne de droite avec vos données.

Indicateur Source du chiffre Fréquence de contrôle Action déclenchée
Revenu net de l'exercice Comptes clos, décision de taxation Chaque année, dès la clôture Recalculer le montant maximal de 3a de l'année
Versements 3a de l'année Attestations des fondations ou assureurs Avant la fin de l'année civile Compléter, ou renoncer en connaissance de cause
Statut AVS et lacunes Extrait de compte individuel, décomptes de la caisse Chaque année Corriger une cotisation, combler une lacune
Couverture d'invalidité Contrats, conditions générales, certificats Chaque année et à chaque changement d'activité Réviser le revenu assuré, vérifier le délai d'attente
Couverture de décès Clauses bénéficiaires, statuts, convention d'associés Chaque année et après un événement familial Mettre à jour les clauses, faire relire la convention
Trésorerie de l'entreprise Bilan, plan de trésorerie À chaque clôture et trimestriellement si le revenu varie Arbitrer entre prévoyance et réinvestissement
Lacunes de 3a rachetables Calcul d'après les règles du canton Chaque année avant le versement Évaluer un rachat, si les conditions sont réunies

Le revenu net, indicateur numéro un

Tout part du revenu net de l'activité : il détermine le montant maximal que vous pouvez verser en 3a quand vous n'avez pas de 2e pilier, il pèse sur la cotisation AVS et il sert de base au calcul de l'impôt. Le tableau de bord doit donc commencer par la ligne « revenu net de l'exercice », avec la source exacte : le compte de résultat clos, puis, plus tard, la décision de taxation. Les deux ne coïncident pas toujours, notamment à cause des amortissements, des provisions et des retraitements de l'administration fiscale. Pour savoir ce qui se déduit, voir la déduction du 3a du revenu net.

À Genève, par exemple, une personne non affiliée au 2e pilier peut verser jusqu'à 20 % de son revenu net de l'activité indépendante, sans dépasser le plafond de 36 288 CHF (versement admis en 2026 pour les personnes non affiliées, dans la limite de 20 % du revenu déterminant). Les autres cantons appliquent le même plafond fédéral ; le détail de la déduction et les justificatifs demandés varient selon l'administration fiscale du canton.

Les versements, un seul rachat par année

Le tableau de bord note aussi ce qui a été réellement versé. C'est utile pour une raison nouvelle : le rachat rétroactif du 3a. Un seul rachat est possible par année fiscale, au maximum le montant de la « petite déduction », y compris pour les personnes sans 2e pilier, soit 7 258 francs en 2025 et 2026. À Genève, trois conditions s'appliquent : être autorisé à cotiser l'année du rachat, avoir versé le montant annuel maximal cette même année, et avoir eu le droit de cotiser pendant les années présentant une lacune. Le rachat y est possible à partir de 2026, et seules les lacunes apparues dès 2025 peuvent être comblées, pas les années antérieures. Chaque canton applique ses propres modalités : le tableau de bord doit donc indiquer le canton de taxation, pas seulement le montant. Voir le rachat rétroactif du 3a pour indépendants.

Un contrôle que l'on oublie : le compte individuel AVS

Une fois par an, au moment de la revue, demandez ou téléchargez l'extrait de votre compte individuel. Il montre les revenus inscrits année par année. Une année manquante ou un revenu trop bas se corrige plus facilement tôt que tard. Le tableau de bord note la date du dernier contrôle, pas le montant de la future rente.

Arbitrer entre rachat, 3a, 3b et réinvestissement dans l'entreprise

Quatre usages concurrents pour un même franc

Chaque franc disponible à la clôture a quatre destinations possibles : un rachat dans une institution de prévoyance (si vous y êtes affilié), un versement ou un rachat de 3a, un placement hors prévoyance liée (3b ou épargne libre), ou la société elle-même. Il n'existe pas de bonne réponse générale, car chacune repose sur des paramètres personnels : votre canton, votre taux marginal d'imposition, votre horizon, votre besoin de liquidité et le risque propre à votre activité. Le tableau de bord ne tranche pas, il force à poser la question avant la date limite.

Dans quel ordre se poser les questions à la clôtureVotre trésorerie couvre-t-elle une mauvaise annéesans toucher à la prévoyance ?OuiAvez-vous versé le montant maximal de 3aautorisé cette année ?OuiExaminez un rachat de 3a si votre cantonl'autorise et que les lacunes sontrachetables.NonComplétez le 3a avant la fin de l'annéecivile, selon votre revenu net.NonRenforcez d'abord la trésorerie, puisrevenez au 3a avec un montant adapté.
Dans quel ordre se poser les questions à la clôture

Réinvestir dans l'entreprise : le seul choix qui ne se bloque pas

Le 3a et la LPP bloquent l'argent jusqu'à des événements précis. Une machine, un logiciel ou un stock restent sous votre contrôle et peuvent générer du revenu. Mais la concentration a un coût : si votre patrimoine privé et votre outil de travail dépendent du même secteur, une mauvaise passe frappe les deux en même temps. C'est le mécanisme décrit dans les risques de concentration du patrimoine. Le 3a a l'avantage inverse : il est en principe protégé de l'entreprise, hors de ses créanciers dans les limites fixées par la loi, et il rend votre retraite moins dépendante de la vente éventuelle de la société. Cette protection a des limites ; la page poursuites, faillite et 3e pilier en précise la portée.

Le 3b, une réserve souple et moins avantagée fiscalement

Le pilier 3b (prévoyance libre) n'offre pas la même déduction que le 3a. Son intérêt est ailleurs : disponibilité, absence de conditions de retrait, absence de plafond légal. Un indépendant qui a rempli son plafond de 3a, ou qui préfère garder l'accès à son argent, peut le considérer comme un complément. L'arbitrage 3a / 3b se lit à la lumière de l'horizon et de la liquidité nécessaire ; voir 3a ou 3b quand le revenu varie et combiner 3a et 3b sur plusieurs années.

Les plafonds de l'année en un coup d'œil

Le graphique ci-dessous compare les plafonds officiels du 3a pour 2026 et 2027, avec et sans 2e pilier. Il ne montre pas un effort de prévoyance conseillé, seulement le cadre dans lequel l'arbitrage se joue. Votre montant réel dépend de votre revenu net, des conditions d'affiliation et du canton.

Plafonds 3a de l'année, avec ou sans 2e pilierSans 2e pilier (montant maximal)Avec 2e pilier (petit 3a)202636'2887'258202736'8647'373CHF par an
Plafonds 3a de l'année, avec ou sans 2e pilier

Exemple : Bruno, gérant d'une Sàrl d'ingénierie à Genève

Exemple fictif, à titre d'illustration : Bruno, 47 ans, gérant d'une Sàrl d'ingénierie à Genève. Ses trois derniers exercices ont été inégaux : un bon, un moyen, un creux dû à un chantier retardé. Il fait sa revue après la clôture du dernier exercice. Hypothèses de l'exemple : Bruno n'est pas affilié à une caisse de pension, ce qu'il a vérifié auprès de sa société et de sa fiduciaire ; s'il l'était, le petit plafond de l'année s'appliquerait et toute sa lecture changerait. Aucun chiffre personnel n'est donné, pour ne pas laisser croire à une économie ou à un rendement.

Première ligne : le revenu net. L'exercice creux limite son plafond de l'année, puisqu'en dessous du maximum la règle des 20 % s'applique. Deuxième ligne : les versements. Dans l'exercice moyen, il n'a versé qu'une partie du plafond. Troisième ligne : les risques. Son indemnité journalière repose sur un revenu assuré qui date de la création de la Sàrl ; il le fait réviser. Quatrième ligne : sa clause bénéficiaire de 3a, jamais relue depuis son mariage. Cinquième ligne : la trésorerie, tendue après le chantier retardé. Son arbitrage de l'année : renforcer la trésorerie avant de verser davantage, puis examiner un rachat de 3a l'an prochain si les conditions du canton sont réunies. À aucun moment le tableau de bord ne lui dit « versez ceci » : il lui montre ce qu'il regarde, et dans quel ordre.

Rythme de révision et événements qui la déclenchent

Un cycle annuel, quelques rendez-vous fixes

Le rythme se règle sur l'exercice commercial. Les décisions de prévoyance de l'année se prennent avant la fin de l'année civile, mais elles s'appuient sur les comptes de l'exercice : l'idéal est de prévoir une première estimation en cours d'année, puis une confirmation après la clôture si la date de clôture vous le permet. Le calendrier suivant reprend un cycle type.

Un cycle annuel de pilotageAvant la clôtureEstimer le résultat de l'exercice et le montantmaximal de 3a envisageable.Clôture des comptesObtenir le résultat définitif auprès de lafiduciaire ; mettre à jour la ligne revenu net.Avant la fin de l'année civileEffectuer ou compléter les versements 3a ; évaluerun rachat si les règles du canton le permettent.Déclaration d'impôtJoindre les attestations ; vérifier la cohérenceavec les comptes.Revue des risquesRelire contrats d'invalidité, perte de gain,clauses bénéficiaires.
Un cycle annuel de pilotage

Les événements qui forcent une révision hors calendrier

Certains événements ne peuvent pas attendre la revue annuelle :

  • Un changement de statut : passage d'une raison individuelle à une Sàrl, début d'un emploi salarié en parallèle, arrêt d'activité. Le plafond de 3a peut changer, de même que l'affiliation à la LPP. Voir indépendant à temps partiel et salarié.
  • Un événement familial : mariage, naissance, divorce, décès. Les clauses bénéficiaires et les besoins de couverture changent du jour au lendemain.
  • Un déménagement de canton ou de pays : il modifie la fiscalité des versements et des retraits. Le choix du canton au retrait est un sujet en soi, traité dans choisir son canton de domicile au retrait.
  • Un projet immobilier : l'acquisition d'un logement en propriété pour ses propres besoins est l'un des motifs de versement anticipé du 3a. Un projet d'immobilier professionnel se lit autrement, voir l'immobilier professionnel comme actif de retraite.
  • Un changement d'activité ou de société : le début ou le changement d'activité indépendante figure aussi parmi les motifs de versement anticipé (art. 3 OPP 3). C'est un droit encadré, pas une facilité de trésorerie.
  • Un départ définitif de Suisse : autre motif de versement anticipé, avec des conséquences fiscales qui dépendent du pays d'accueil.

Ce qu'on ne révise pas trop souvent

Trop de révisions nuisent. Changer de prestataire de 3a chaque année, ou modifier sa stratégie de placement après chaque variation de marché, n'améliore pas la prévoyance : cela multiplie les frais possibles et les erreurs. Le tableau de bord distingue donc les contrôles annuels (documents, chiffres, clauses) des décisions de fond (choix du type de 3a, affiliation à la LPP) qu'on ne rouvre qu'au changement de situation, ou lorsqu'un élément de contrat change réellement.

Modèle de revue annuelle en une page

La check-list à imprimer

Voici une trame à recopier dans votre outil de suivi. Chaque case renvoie à une ligne du tableau de bord.

  • Résultat net de l'exercice clos reporté, avec la source (comptes ou décision de taxation)
  • Statut de l'affiliation au 2e pilier confirmé : affilié ou non, donc petit ou grand plafond 3a
  • Montant maximal de 3a de l'année calculé, canton de taxation noté
  • Versements 3a de l'année vérifiés auprès de chaque fondation ou assureur
  • Rachat de 3a examiné : conditions du canton, lacunes éventuelles, un seul rachat par année fiscale
  • Extrait de compte individuel AVS consulté, lacunes éventuelles repérées
  • Contrat de perte de gain relu : revenu assuré, délai d'attente, durée des prestations
  • Couverture d'invalidité et de décès relue, y compris les clauses bénéficiaires
  • Trésorerie de l'entreprise comparée aux besoins de l'année suivante
  • Décision d'arbitrage notée avec sa date de réexamen

Les documents à réunir

Pour que la revue tienne en une page, il faut que les pièces soient au même endroit : attestations de versement, polices et conditions générales, extrait de compte AVS, derniers comptes annuels, dernière décision de taxation, convention d'associés et clauses bénéficiaires. Pour ouvrir ou transférer un 3a, la liste des pièces à fournir dépend du prestataire ; la page sur les documents pour ouvrir un 3a donne la liste type. Et pour un cadre plus général, la check-list annuelle de prévoyance complète celle-ci.

Une comparaison personnalisée comme point d'appui

Si votre revue fait apparaître un point sensible, couverture insuffisante ou 3a à comparer, le formulaire Demander une comparaison gratuite permet de recevoir une comparaison d'offres adaptée à votre situation ; la page Comment ça marche explique qui traite la demande.

Questions fréquentes

À quelle fréquence faut-il revoir sa prévoyance d'indépendant ?

Une fois par an, juste après la clôture des comptes, est le minimum raisonnable. Les décisions de fond (type de 3a, affiliation à la LPP) se rouvrent seulement lors d'un changement de situation : statut, famille, canton, projet immobilier. Entre deux revues, un simple suivi trimestriel de la trésorerie suffit si votre revenu varie beaucoup.

Que faut-il vérifier en premier dans une revue annuelle ?

Le revenu net de l'exercice, parce qu'il détermine presque tout le reste : le montant maximal de 3a quand on n'a pas de 2e pilier, la cotisation AVS et l'impôt. Viennent ensuite le statut d'affiliation à un 2e pilier, les versements déjà effectués et l'état des couvertures d'invalidité et de décès.

Quel est le plafond 3a d'un indépendant sans 2e pilier ?

Le montant maximal est de 36 288 CHF en 2026 et de 36 864 CHF en 2027. Ce n'est qu'un maximum : en dessous, la limite est de 20 % du revenu net de l'activité lucrative. Avec un 2e pilier, le petit plafond est de 7 258 CHF en 2026 et de 7 373 CHF en 2027. Votre montant exact dépend donc de votre revenu et de votre affiliation.

Un 3a suffit-il à couvrir l'invalidité ?

Non. Un compte 3a bancaire est de l'épargne, pas une assurance : en cas d'incapacité, il ne verse rien de plus que son solde. Une police 3a d'assurance peut comporter une libération du paiement des primes, mais ses conditions se lisent dans le contrat. L'un des motifs de retrait anticipé du 3a est justement l'invalidité complète sans couverture, ce qui montre qu'il s'agit d'un dernier recours.

Les indemnités journalières en cas de perte de gain sont-elles obligatoires ?

Pas pour l'indépendant : cette assurance est facultative. Elle verse des indemnités pendant une incapacité de travail, selon des conditions propres au contrat (revenu assuré, délai d'attente, durée). Le point à vérifier chaque année est que le revenu assuré corresponde toujours à votre revenu réel.

Peut-on se faire refuser une couverture d'invalidité à cause de sa santé ?

Pour un indépendant assuré à titre facultatif dans le 2e pilier, la couverture des risques de décès et d'invalidité peut faire l'objet d'une réserve pour raison de santé durant trois ans au plus (LPP, art. 45). Cette réserve n'est pas admissible si l'assurance est conclue moins d'une année après une période d'assurance obligatoire d'au moins six mois. Les autres assurances (perte de gain, police 3a) ont leurs propres règles d'acceptation.

Peut-on racheter des années de 3a manquées ?

Depuis 2025, un rachat rétroactif est possible dans le cadre de règles fédérales : un seul rachat par année fiscale, au maximum le montant de la petite déduction (7 258 francs en 2025 et 2026). Les cantons précisent les modalités ; à Genève, le rachat est possible à partir de 2026 et seules les lacunes apparues dès 2025 peuvent être comblées. Les conditions s'appliquent cumulativement, d'où l'intérêt de les noter dans le tableau de bord.

Faut-il privilégier le 3a, le 3b ou la trésorerie de l'entreprise ?

Cela dépend de votre situation. Le 3a offre une déduction fiscale mais bloque l'argent jusqu'à des événements précis. Le 3b est plus libre et moins avantagé fiscalement. La trésorerie garde l'argent à portée de main mais le concentre sur votre activité. La question à poser à la clôture est : puis-je traverser une mauvaise année sans toucher à mon capital de retraite ? Si oui, le 3a se justifie plus facilement ; si non, la trésorerie passe d'abord.

Que se passe-t-il si mes revenus sont très faibles une année ?

La cotisation AVS peut tomber au minimum prévu pour les revenus faibles. Si le revenu annuel de l'activité indépendante est égal ou inférieur à 10 000 francs, la cotisation minimale de 435 francs par an s'applique, sauf si ce montant a déjà été perçu sur un salaire. Côté 3a, la limite de 20 % du revenu réduit mécaniquement le versement possible. La page sur le revenu irrégulier et les versements traite ces années maigres.

Un indépendant doit-il s'annoncer à une caisse de compensation ?

Oui, s'il n'est pas déjà affilié : les employeurs, indépendants, personnes sans activité lucrative et salariés dont l'employeur n'est pas tenu de cotiser doivent s'annoncer auprès de la caisse de compensation cantonale (LAVS, art. 64 al. 6). La loi ne fixe pas de délai à cet endroit, mais attendre expose à des lacunes et à des rattrapages. Les indépendants qui ne sont pas membres d'une association fondatrice d'une caisse relèvent de la caisse cantonale.

Comment obtenir de l'aide pour comparer des offres sans m'engager ?

Un formulaire permet de demander une comparaison gratuite d'offres de 3e pilier ; le site informe et ne conseille pas. La comparaison reste une base de discussion : elle ne remplace ni la lecture des conditions de chaque contrat ni une analyse de votre situation par le prestataire que vous aurez choisi.

Sources

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