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Que devient un indépendant qui ne peut plus travailler pendant des mois, voire définitivement ? La question de l'invalidité d'un indépendant et du 3e pilier se pose rarement au bon moment : avant l'accident ou la maladie, le risque paraît lointain ; après, les options se sont déjà refermées. Un salarié bénéficie le plus souvent d'un maintien du salaire, puis d'une couverture de sa caisse de pension. L'indépendant, lui, n'a que ce qu'il a organisé : l'assurance sociale de base, éventuellement un 2e pilier facultatif, une assurance d'indemnités journalières s'il l'a conclue, et son pilier 3a. Cette page décrit la situation d'un indépendant frappé par l'invalidité, ce que chaque étage de la prévoyance permet ou n'empêche pas, et ce qu'il faut vérifier, dans quel ordre, tant que le risque n'est pas arrivé.
L'indépendant face à l'invalidité : une protection limitée
Ce que prévoit l'AI
L'assurance-invalidité (AI) est le socle commun, indépendants compris. Elle ne verse pas une rente au premier signe de maladie. La loi pose trois conditions cumulatives pour ouvrir le droit à une rente (art. 28 al. 1 LAI) :
- la capacité de gain ne peut pas être rétablie par des mesures de réadaptation raisonnablement exigibles ;
- l'incapacité de travail a atteint au moins 40 % en moyenne durant une année, sans interruption notable ;
- au terme de cette année, le degré d'invalidité atteint 40 % au moins.
Deux enseignements pratiques en découlent. D'abord, il y a un temps d'attente : on ne passe pas de la maladie à la rente d'un jour à l'autre, et il faut financer ce temps. Ensuite, la réadaptation passe en premier : l'AI cherche d'abord à remettre la personne au travail, parfois dans un autre poste ou une autre organisation de l'activité. Ce principe est cohérent avec la loi, mais il pèse lourd quand on dirige sa propre entreprise : reconvertir un charpentier, une physiothérapeute ou un traducteur n'a pas la même portée selon que l'on est salarié ou à son compte.
Autre règle à connaître : lorsque les conditions d'octroi d'indemnités journalières de l'AI sont remplies, l'assuré n'a pas droit à une rente de l'AI (art. 43 al. 2 LAI). Les deux prestations ne se cumulent pas, ce qui change la lecture d'un dossier pendant la phase de réadaptation.
L'AI est une assurance de base. Elle ne reconstitue pas un revenu d'indépendant, souvent supérieur à ce qu'un barème moyen suppose, et elle ne tient aucun compte de la valeur de votre entreprise, de vos charges fixes ou de vos engagements. Pour la mécanique des cotisations de ceux qui travaillent seuls, voyez l'AVS de l'indépendant sur un revenu irrégulier.
Le 2e pilier facultatif : un étage qui n'existe que si on le construit
Le salarié est affilié d'office à une caisse de pension, qui couvre l'invalidité et le décès en plus de la vieillesse. L'indépendant n'est pas obligé de s'affilier. Il peut le faire auprès de l'institution de prévoyance qui assure ses salariés, ou de celle dont il relève à raison de sa profession ; s'il n'a accès à aucune, il a le droit de s'assurer auprès de l'institution supplétive (art. 44 LPP). Pour savoir si ce pilier a un sens dans votre cas, voyez le 2e pilier facultatif sans employeur et la décision de s'affilier ou non à la LPP.
Un point mérite l'attention d'un indépendant en bonne santé qui hésite : l'assurance facultative des risques de décès et d'invalidité peut être assortie d'une réserve pour raison de santé, pendant trois ans au plus (art. 45 LPP). Cette réserve n'est pas admissible lorsque l'indépendant s'assure moins d'une année après avoir été soumis à l'assurance obligatoire pendant au moins six mois, par exemple en quittant un emploi salarié pour se lancer. Autrement dit, la transition entre le statut de salarié et celui d'indépendant est un moment particulier : si l'on laisse passer le délai, l'état de santé du jour compte et la couverture peut être restreinte précisément pour ce qui inquiète.
À l'inverse, dans l'institution qui verse la prestation, le fonctionnement est encadré : avant l'âge de référence, la caisse peut réduire ses prestations d'invalidité ou de survivants en tenant compte des prestations d'autres assurances sociales, des indemnités journalières des assurances obligatoires et du revenu que la personne invalide pourrait raisonnablement réaliser (art. 24 al. 1 OPP 2). Les prestations ne s'additionnent donc pas sans limite : on est protégé, mais jusqu'à un plafond de surindemnisation.
Enfin, si la rente AI est réduite ou supprimée parce que le taux d'invalidité baisse, la personne reste assurée avec les mêmes droits pendant trois ans auprès de l'institution qui devait verser les prestations, à condition de suivre une réadaptation ou de reprendre une activité (art. 26a al. 1 LPP). Cette protection transitoire vaut pour qui était affilié ; pour qui ne l'a jamais été, elle n'existe pas.
La suite des événements, sans date
Voici la logique d'un dossier d'invalidité, dans l'ordre où les revenus se raréfient :
Perte de gain : la lacune fréquente
Ce qu'est la perte de gain, et pourquoi elle manque
La période d'observation décrite ci-dessus est le cœur du problème. Un salarié est protégé pendant cette phase par l'obligation de l'employeur de verser son salaire pendant une durée limitée, puis par une assurance d'indemnités journalières souvent collective. L'indépendant n'a aucun employeur ; il doit souscrire lui-même une assurance d'indemnités journalières en cas de maladie, qui reste facultative pour lui. Si elle n'existe pas, l'arrêt de travail se traduit par un revenu nul, une entreprise qui continue de payer loyers, leasings et cotisations, et une épargne privée qui sert de coussin.
C'est là que la « lacune fréquente » se forme. Beaucoup d'indépendants raisonnent ainsi : « J'ai une rente AI qui m'attend, un 3a qui grossit, ça suffira. » Ce raisonnement oublie la durée entre l'événement et la première rente, le fait que cette rente n'est pas calculée sur le revenu réel de l'activité, et qu'un trou de revenus de plusieurs mois peut suffire à fragiliser l'entreprise elle-même, donc la base du revenu futur.
Ce que change une assurance perte de gain bien choisie
Une assurance d'indemnités journalières, bien dimensionnée, a pour fonction de remplacer une partie du revenu pendant la phase d'attente, et de faire le pont jusqu'à la décision de l'AI. Elle ne se règle pas à l'aveugle. Les points à examiner sont les mêmes d'un contrat à l'autre, sans qu'aucun tarif ne soit utile ici :
- Le délai d'attente : la période durant laquelle rien n'est versé. Plus elle est longue, plus l'épargne privée doit pouvoir la couvrir.
- La durée maximale des prestations : combien de temps le contrat verse-t-il, et que se passe-t-il ensuite ?
- La définition de l'incapacité : dans sa profession, ou dans n'importe quelle profession raisonnablement exigible ? L'écart pèse beaucoup pour un métier très spécialisé.
- Le revenu assuré : est-il celui des dernières années, d'une moyenne, d'un montant plafonné ? Un revenu irrégulier complique le choix. Les justificatifs comptables servent de référence.
- Les exclusions et réserves : maladies antérieures, affections du dos ou psychiques, sports à risque.
- L'adaptation du contrat : si votre revenu augmente, pouvez-vous relever la couverture sans nouvelle réserve ?
Voici comment lire l'écart entre une situation couverte et une situation non couverte, de manière qualitative :
Les hypothèses affichées sont volontairement générales : la prestation réelle dépend du contrat, de la profession, de l'âge, de l'état de santé et du canton. Pour une vue d'ensemble de ce que couvre l'assurance d'indemnités journalières, la page sur la perte de gain, les indemnités journalières et le 3e pilier approfondit chaque point.
Quand le 3a devient une réserve
La règle : rente entière d'invalidité et risque non assuré
Le pilier 3a est un capital lié, bloqué jusqu'à la retraite sauf motifs précis. C'est justement ce qui rend son retrait en cas d'invalidité plus encadré qu'on ne l'imagine. Le texte de l'OPP 3, à son article 3, permet un versement anticipé des prestations de vieillesse lorsque le rapport de prévoyance est résilié parce que le preneur reçoit une rente entière d'invalidité de l'AI et que le risque d'invalidité n'est pas assuré (art. 3 al. 2 let. a OPP 3).
Deux conditions donc, et elles ne sont pas anodines :
- La personne perçoit une rente entière de l'AI. Une rente partielle, ou une procédure encore ouverte, ne suffit pas à elle seule.
- Le risque d'invalidité n'est pas assuré. Si votre contrat 3a ou une autre couverture assure déjà ce risque, la condition n'est pas remplie, car la protection prévue pour cet événement joue alors son rôle.
Les motifs de versement anticipé du 3a sont limités. Selon l'office fédéral des assurances sociales, il s'agit du rachat dans une institution de prévoyance professionnelle, de l'invalidité complète sans couverture, du début ou du changement d'une activité indépendante, de l'acquisition d'un logement en propriété pour ses propres besoins et du départ définitif de Suisse. L'invalidité en est un ; elle n'ouvre pas pour autant un accès libre au capital, mais seulement quand ses conditions sont réunies.
Un tableau pour s'y retrouver
| Situation | Le 3a peut-il être touché ? | Condition déterminante |
|---|---|---|
| Rente entière AI, risque d'invalidité non assuré | Oui, versement anticipé | Résiliation du rapport de prévoyance |
| Rente entière AI, risque d'invalidité assuré par ailleurs | Non, pas sur ce motif | Le risque est couvert |
| Rente partielle ou procédure en cours | Pas sur ce motif | Il faut la rente entière |
| Arrêt de travail sans décision AI | Pas sur ce motif | Aucune rente versée |
| Besoin de liquidités pour l'entreprise | Pas sur ce motif | Le 3a ne finance pas une trésorerie courante |
À lire avec prudence : ce tableau résume la règle de l'art. 3 OPP 3 ; la décision dans un cas précis dépend du contrat, de la fondation ou de l'assureur, et des pièces du dossier. Pour comparer les autres motifs, consultez les retraits anticipés du 3a utiles à une entreprise.
Les repères officiels à garder en tête
36 288 francs
Plafond 3a 2026 sans 2e pilier (maximum par an)
Source: Plafonds du 3e pilier a (montants-limites non imposables)
7 258 francs
Plafond 3a 2026 avec 2e pilier
Source: 3e pilier a — plafonds de déduction
40 %
Incapacité de travail moyenne durant une année pour ouvrir le droit à la rente AI
Source: Droit à la rente
trois ans
Durée maximale de la réserve pour raison de santé (assurance facultative)
Source: Indépendants et assurance facultative
Le 3a : réserve de dernier recours, pas plan de couverture
Il est tentant de se dire que, faute de couverture, le 3a « fera le travail ». Trois raisons de s'en méfier.
Il est inégal. Un capital 3a dépend des versements passés, de leur régularité et de la manière dont il est placé. Un indépendant qui verse peu certaines années, ce qui est fréquent, dispose d'un capital qui ne correspond pas forcément à ce que le revenu perdu exigerait. Le 3a est un outil de retraite avant d'être un outil d'invalidité. Pour la logique d'ensemble, lisez le 3e pilier comme filet principal de l'indépendant.
Il est conditionnel. Les conditions plus haut sont strictes. Il y a des situations, dont l'arrêt de travail non encore tranché par l'AI, où le capital reste inaccessible alors que le besoin est urgent.
Il est précieux ailleurs. Un capital 3a retiré en cas de coup dur est un capital qui ne servira pas à la retraite. À l'inverse, l'un de ses atouts reste la protection patrimoniale : voyez ce que le 3a protège face aux poursuites et à la faillite.
Exemple : Olivier, charpentier à Fribourg
Exemple fictif. Olivier, 50 ans, est charpentier indépendant à Fribourg. Une chute de chantier l'écarte durablement de son métier. Il n'avait pas d'assurance d'indemnités journalières, pensant que sa bonne santé suffisait et que son 3a, alimenté pendant des années, lui servirait de réserve. Les premiers mois, ses recettes tombent à presque rien alors que l'atelier, l'assurance du véhicule et les cotisations de base continuent. Il puise dans son épargne privée. Le 3a, lui, reste bloqué : la décision de l'AI n'est pas rendue, aucune rente entière n'est versée, la condition de l'art. 3 OPP 3 n'est donc pas remplie.
Plus tard, selon la décision de l'AI et selon que son risque d'invalidité était ou non assuré, la situation du 3a change. Si une rente entière lui est reconnue et qu'aucune couverture du risque d'invalidité n'existe, il peut demander le versement anticipé. L'histoire d'Olivier illustre la chronologie : l'épargne privée et une éventuelle assurance perte de gain portent la période d'attente, le 3a n'intervient qu'ensuite et sous conditions. Le cas de ceux qui vendent ou arrêtent plus tôt suit une logique voisine, avec d'autres motifs.
Retrait en capital : fiscalité et dosage
Un capital imposé à part
Une fois le 3a retiré, il est soumis à l'impôt sur les prestations en capital, qui est distinct de l'impôt ordinaire sur le revenu et dépend du canton. À Genève par exemple, la déclaration d'une prestation en capital du 2e ou du 3e pilier A se fait en joignant à la déclaration une copie du justificatif de retrait, adressée à l'administration fiscale cantonale (Service des impôts spéciaux) ; le montant est reporté à la ligne 98.12 de la déclaration, et l'impôt est calculé séparément « au cinquième du taux ordinaire », selon la formulation retenue par l'administration. D'autres cantons organisent le calcul autrement. Pour comparer, voyez le choix du canton de domicile au moment du retrait.
Le moment du retrait compte : un capital perçu une année où le revenu professionnel est faible n'est pas imposé comme celui perçu une année de gros revenu, mais la fiscalité des prestations en capital suit ses propres barèmes. L'impact exact varie d'un canton à l'autre et de la situation personnelle, et ne se chiffre ici que par un calcul personnalisé.
Le dosage : retirer d'un coup ou échelonner
Un indépendant invalide qui détient plusieurs comptes 3a peut envisager de les clore à des moments différents plutôt que d'un seul coup, afin de répartir la charge fiscale. L'idée n'est possible que si le contexte le permet : motif légal de versement, conditions du contrat, calendrier. Étaler ses retraits de 3a et échelonner ses comptes 3a décrivent la méthode. En cas d'invalidité, la contrainte est plus forte, parce que l'événement déclencheur ne se choisit pas.
Attention à la saisie
Un capital retiré n'est pas toujours aussi protégé que le capital resté dans le 3a. La loi sur la poursuite permet de saisir les rentes viagères et les prestations de toute nature destinées à couvrir une perte de gain, en particulier les rentes et indemnités en capital non insaisissables en vertu de l'art. 92, déduction faite de ce que l'office estime indispensable au débiteur et à sa famille (art. 93 al. 1 LP). Si l'entreprise a des dettes, l'ordre des opérations compte : un retrait précipité peut déplacer un capital d'un cadre protégé vers un cadre qui l'est moins. Dans ce domaine, une analyse personnalisée est utile avant toute décision.
Le rachat et l'invalidité
Si l'indépendant a effectué un rachat dans un 2e pilier facultatif, une règle cantonale peut intervenir : à Genève, le rachat n'est pas déductible si une prestation en capital du 2e pilier est perçue avant un délai de trois ans, jour pour jour, après le rachat. Un indépendant qui prévoit un rachat doit donc anticiper l'événement, même improbable, et vérifier la règle de son canton. Pour les années non versées en 3a, le rachat rétroactif est possible sous conditions : il faut verser l'intégralité de la cotisation de l'année en cours avant de verser en une fois celle de l'année précédente.
Assurer la couverture avant que le risque arrive
Les plafonds du 3a, repères de l'année
Pour l'indépendant sans 2e pilier, le plafond 3a 2026 est de 20 % du revenu, au maximum 36 288 francs par an ; avec un 2e pilier, il est de 7 258 francs. Pour 2027, l'administration a publié 7 373 francs avec 2e pilier et 36 864 francs sans 2e pilier (maximum, le taux de 20 % s'appliquant en dessous). Les plafonds seuls ne protègent pas contre l'invalidité, mais ils fixent combien l'on peut mettre de côté chaque année. Les pages plafond 3a de l'indépendant sans LPP et prévoir son plafond de l'an prochain détaillent le calcul.
Un indépendant qui s'affilie à un 2e pilier voit son plafond changer : le « petit » 3a s'applique alors. Ce n'est pas une raison de renoncer à la couverture d'invalidité, mais un paramètre à intégrer dans le choix.
Les trois leviers, dans l'ordre
- Le revenu pendant l'arrêt : une assurance d'indemnités journalières. C'est la couche qui manque le plus souvent.
- La protection après la décision AI : un 2e pilier facultatif, ou une couverture d'invalidité privée, avec les réserves de santé à examiner.
- La constance du 3a : un contrat qui prévoit une libération du paiement des primes en cas d'incapacité de gain, de façon que l'épargne continue sans que l'assuré ait à verser. Voyez la libération des primes d'un indépendant.
La question du support du 3a joue aussi : un compte bancaire est souple mais ne couvre pas, par lui-même, le risque d'invalidité ; une police liée peut y ajouter une couverture, au prix d'un engagement plus contraignant. Selon l'ordonnance, les contrats de prévoyance liée sont des contrats spéciaux d'assurance de capital et de rentes sur la vie ou en cas d'invalidité ou de décès, conclus avec une institution d'assurance soumise à la surveillance (art. 1 al. 2 OPP 3), ce qui montre que l'invalidité fait partie du périmètre de ces contrats. La police 3a face à un revenu irrégulier en détaille les compromis, et la page sur l'assurance 3e pilier de l'indépendant pose la question de son utilité. Les frais, eux, existent sous plusieurs formes (primes de risque, frais d'administration, frais de gestion) ; le site n'en publie aucun chiffre, mais on peut demander leur décomposition par écrit.
La checklist de l'indépendant qui veut vérifier sa couverture
- Retrouver l'attestation de son assurance d'indemnités journalières, ou constater qu'il n'y en a pas
- Noter le délai d'attente, la durée des prestations et la définition de l'incapacité du contrat
- Comparer le revenu assuré avec le revenu réel des dernières années, justificatifs comptables à l'appui
- Vérifier si le 2e pilier facultatif existe et ce qu'il prévoit en cas d'invalidité
- Contrôler s'il existe une réserve pour raison de santé et sa durée
- Vérifier si le contrat 3a couvre le risque d'invalidité ou prévoit une libération du paiement des primes
- Faire le point sur l'épargne privée mobilisable pendant la période d'attente
- Vérifier les bénéficiaires et les conditions de retrait de chaque compte 3a
- Revoir l'ensemble une fois par an, avec la check-list annuelle de prévoyance
Une question de calendrier
Un indépendant qui quitte un emploi salarié pour s'établir à son compte dispose d'une fenêtre pendant laquelle la réserve pour raison de santé n'est pas admissible (moins d'une année après avoir été soumis à l'assurance obligatoire pendant au moins six mois). C'est le moment de se renseigner sur l'affiliation facultative. Jeune indépendant : premiers revenus incertains et bien choisir son premier 3a s'inscrivent dans cette séquence. Quand la situation dépend du revenu, du canton, de l'âge et de l'état de santé, une comparaison personnalisée permet de la regarder avec les chiffres réels.
Le point de vue de l'entreprise
L'invalidité ne touche pas que la personne
Pour un indépendant en nom propre, la personne et l'entreprise ne font qu'un. Pour un dirigeant de Sàrl, la distinction existe, mais les effets se rejoignent : si le dirigeant est l'activité, son absence arrête les recettes. L'assurance d'indemnités journalières couvre la personne ; elle ne couvre pas, par elle-même, le coût de remplacement, les clients perdus ou la baisse de valeur de l'entreprise. Un dirigeant doit se demander qui peut poursuivre l'activité, qui signe, qui connaît les dossiers.
Ce qu'il vaut mieux organiser tôt
- Une procuration ou un suppléant pour les actes courants, afin que l'activité ne s'arrête pas en cas d'hospitalisation.
- Une convention entre associés qui précise ce qui se passe lorsque l'un d'eux ne peut plus travailler : la question n'est pas que fiscale, elle touche aux parts, aux salaires et aux décisions.
- Un lien clair entre comptabilité et prévoyance : qui décide du salaire, des dividendes, de l'affiliation éventuelle à une caisse ? Pour la discussion, voyez salaire, LPP et 3a pour un dirigeant de Sàrl et qui fait quoi entre fiduciaire, caisse et banque.
- La cohérence de l'ensemble : le 3a, l'épargne privée et l'entreprise se lisent ensemble, comme le 3a, l'entreprise et la fortune privée.
Et si l'invalidité n'est que partielle ?
Une invalidité partielle laisse une capacité résiduelle. L'entreprise peut continuer à fonctionner, mais à un rythme réduit, avec un revenu moindre. Dans ce cas, les plafonds 3a de l'année suivante se calculent sur un revenu plus bas, et la capacité d'épargne baisse. C'est une raison de plus de lire le tableau de bord de prévoyance année après année et les trois piliers de l'indépendant avec des hypothèses prudentes. Enfin, au moment du retrait, tenez compte du fait que la décision d'un indépendant invalide est irréversible : un capital retiré ne se reconstitue pas.
Questions fréquentes
Un indépendant a-t-il droit à une rente AI comme un salarié ?
Oui, l'AI est une assurance de base qui couvre aussi les indépendants. Le droit à la rente suppose notamment une incapacité de travail d'au moins 40 % en moyenne durant une année sans interruption notable, et un degré d'invalidité de 40 % au moins au terme de cette année, lorsque la capacité de gain ne peut pas être rétablie par des mesures raisonnables. Le montant dépend de la situation de chacun.
Mon 3a peut-il être retiré dès que je suis en arrêt maladie ?
Non, pas sur ce seul motif. Le versement anticipé lié à l'invalidité suppose une rente entière de l'AI et un risque d'invalidité non assuré. Un simple arrêt de travail, même long, ne suffit pas tant qu'aucune décision de rente entière n'est rendue.
Que veut dire « le risque d'invalidité n'est pas assuré » ?
Cela signifie qu'aucune couverture ne protège déjà contre cet événement, par exemple dans un contrat 3a avec garantie d'invalidité ou dans un autre dispositif. Si le risque est assuré, la condition de retrait n'est pas remplie, car la protection prévue joue à la place du capital. Demandez à votre prestataire une attestation sur ce point.
Un indépendant doit-il s'affilier à un 2e pilier ?
Non, c'est facultatif. Il peut s'assurer auprès de l'institution de ses salariés, de celle de sa profession ou de l'institution supplétive s'il n'a pas d'autre accès. Sa décision dépend de son revenu, de sa situation familiale et de son budget. La page sur l'affiliation à la LPP en donne les termes.
Qu'est-ce qu'une réserve pour raison de santé ?
C'est une restriction de la couverture des risques de décès et d'invalidité pour une affection déjà connue lors de l'entrée dans l'assurance facultative. Elle dure trois ans au plus. Elle n'est pas admissible lorsque l'indépendant s'assure moins d'une année après avoir été soumis à l'assurance obligatoire pendant au moins six mois.
L'assurance d'indemnités journalières est-elle obligatoire pour un indépendant ?
Non, elle est facultative. C'est précisément pour cela qu'elle manque si souvent. L'indépendant en bonne santé la repousse, alors que c'est elle qui fait le pont entre le début de l'arrêt et la décision de l'AI.
Le capital 3a retiré pour invalidité est-il imposé ?
Oui, il est soumis à l'impôt sur les prestations en capital, selon les règles du canton. À Genève, la déclaration se fait avec une copie du justificatif de retrait et l'impôt est calculé séparément, « au cinquième du taux ordinaire » selon la formulation de l'administration. Les règles diffèrent d'un canton à l'autre.
Mon capital 3a peut-il être saisi si j'ai des dettes ?
Le droit des poursuites protège certaines prestations et en rend d'autres saisissables, en laissant à la personne ce qui est indispensable à elle et à sa famille. Les rentes et prestations destinées à couvrir une perte de gain peuvent être saisies dans ce cadre (art. 93 al. 1 LP). Un capital déjà versé n'est pas dans la même situation qu'un capital resté sous le régime du 3a. Consultez la page sur les poursuites et la faillite avant d'agir.
Mon conjoint ou mes proches sont-ils concernés ?
Oui, l'invalidité touche le budget du ménage. Pour un couple, le revenu de l'un peut compenser en partie l'autre, mais les garanties du conjoint dépendent de son propre statut. Indépendant et marié : prévoir à deux traite cette dimension.
Sources
- Droit à la rente (art. 28 LAI) — Fedlex
- Réduction, suppression et cumul (art. 43 LAI) — Fedlex
- Indépendants et assurance facultative (art. 44 et 45 LPP) — Fedlex
- Invalidité (art. 26a LPP) — Fedlex
- Prestations de survivants et d'invalidité (art. 24 OPP 2) — Fedlex
- Formes reconnues de prévoyance liée (art. 1 OPP 3) — Fedlex
- Versement des prestations et retrait anticipé (art. 3 OPP 3) — Fedlex
- Revenus relativement saisissables (art. 93 LP) — Fedlex
- 3e pilier a — retrait et imposition — OFAS
- Plafonds du 3e pilier a (montants-limites non imposables) — OFAS
- Plafonds du 3e pilier a — chiffres repères 2026 — OFAS
- Plafonds du 3e pilier a (OFAS / Conseil fédéral) — admin.ch
- Déclarer les prestations en capital — Genève
- Rachat dans le 2e pilier — Genève
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